LA CHRONIQUE DE MLD: Un limogeage abrupt et mille interrogations…Par Mamadou Lamine DIATTA
Le limogeage de Bassirou Kébé désormais ancien Directeur Général de la SNHLM n’a rien d’une banalité ou d’une quelconque coquetterie institutionnelle.
Dans le contexte politique actuel, il s’agit d’un énorme pavé jeté dans la mare de ce qu’il est convenu d’appeler l’aile dure de Pastef. Tout simplement parce que le jeune Kébé est un proche de Waly Diouf Bodian lui-même, plus que frère d’Ousmane Sonko le Boss de Pastef. Autrement dit, limoger dans ces conditions délicates Bassirou Kébé, c’est quelque part adresser un bras d’honneur au Premier ministre.
Pour les orthodoxes de la gestion étatique, le prétexte est tout- trouvé : « Un ministre ça ferme sa gueu… Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne » disait- avec une pointe d’ironie l’homme politique français Jean-Pierre Chevenement. Remplaçons dans le cas d’espèce, le vocable ministre par celui de Directeur Général et nous avons exactement une idée de ce qui vient de se passer.
Aux yeux du Président Diomaye Faye et de ses inconditionnels, il s’avère évident que le sacro- saint principe de solidarité au cœur de l’État est rompu. Ce qui explique l’acte du détenteur de la puissance du décret qui a eu par ailleurs la « courtoisie » de diluer la défenestration de Kébé dans un lot important d’autres nominations – évictions qu’on peut parcourir dans le tout dernier communiqué du conseil des ministres.
Tout de même, les éléments de langage du principal concerné nous laissent songeur. Pour Monsieur Kébé, son limogeage est juste un « non-événement et le combat continue ». Dites-donc à quel combat fait-il allusion ?
À celui relatif à ce qu’il appelle les promesses non tenues du Président Diomaye Faye ?
À la défiance grandeur nature de la coalition Diomaye Président drivée par Madame Mimi Touré ?
Au défi lancé H24 par une opposition requinquée qui semble avoir pris gain et cause pour un Président de la République en rupture de ban avec le parti qui l’a propulsé vers les cimes du pouvoir ?
Autant dire, un limogeage et mille interrogations qui fusent de partout. Kébé a été visiblement pris au mot par le Chef de l’État.
C’est le même qui avait dit que les postes de responsabilités ne l’empêcheront jamais d’être critique le moment opportun.
Ce limogeage- défenestration aura quand même eu le don de raviver le malaise latent entre les deux têtes de pont du pouvoir- Pastef.
Ce limogeage abrupt est un signal fort qui ne trompe personne. L’unique détenteur du décret tient carrément à marquer son territoire. Et dans ce jeu d’échecs entamé en prévision des prochaines élections locales et de la présidentielle de 2029, il vient de marquer les esprits.
Reste à savoir la réaction de l’aile dure du Pastef originel…
« Le jour où ma situation personnelle primera sur celle du pays, j’arrêterai de faire de la politique.
Les enjeux sont d’une hauteur telle qu’on ne peut les rabaisser à un niveau personnel ». Ces propos de Waly Diouf Bodian, l’homme à tout faire de Sonko, sonnent comme un soutien sans cachotterie au combat de longue haleine dont parle avec insistance l’ancien patron de la SNHLM.
À la faveur de cette décision controversée qui a mis la toile en ébullition, le Président Faye prend davantage ses distances avec ce Pastef qui l’avait pourtant adoubé au plus fort de la tempête pré- électorale vécue jusqu’à son triomphe de mars 2024. À l’image des voies du Seigneur, les chemins de la politique politicienne sont plus que jamais insondables.
Demain, il ne faudrait pas s’étonner de voir le Président limoger proprement son Premier ministre pour avoir enfin le loisir d’emprunter solennellement et définitivement sa nouvelle voie.

