ABBÉ ALPHONSE NDOUR: « Le Mardi Gras est une sorte de transition qui marque la fin du temps ordinaire »
Dans cet entretien, l’abbé Alphonse Ndour revient sur la signification du Mardi Gras et du carnaval dans la tradition catholique. Il précise qu’il ne s’agit pas d’une fête fondée sur les Écritures saintes, mais d’une tradition intégrée dans la vie de l’Église.
Quel est le sens du Mardi Gras et son importance pour les chrétiens ? Existe-t-il un fondement biblique ?
Le Mardi Gras n’est pas exclusivement chrétien. Il revêt davantage une importance sociale que strictement liturgique. D’ailleurs, il ne fait pas partie du Carême. Il constitue plutôt le dernier jour avant l’entrée en Carême, qui commence le Mercredi des Cendres. L’Église ne fonde pas cette célébration sur un texte biblique précis. Vous ne trouverez aucune mention du Mardi Gras dans la Bible. Il s’agit d’une tradition qui s’est intégrée progressivement dans le vécu de la communauté chrétienne. C’est un moment festif qui permet d’entrer dans le Carême avec joie, avant d’entamer un temps de prière, de pénitence et de privation.
Pourquoi les catholiques fêtent-ils le Mardi Gras ?
Le Mardi Gras est une sorte de transition qui marque la fin du temps ordinaire. Après Noël et le Baptême du Seigneur, l’Église vit ce que l’on appelle le temps ordinaire. Le Mardi Gras constitue donc une période charnière entre ce temps et le Carême. Il prépare les fidèles à changer de rythme spirituel. On passe d’un temps marqué par la joie et la célébration à un temps plus sobre, consacré au recueillement et à la conversion intérieure.
Pouvez-vous nous en dire davantage sur le Mardi Gras et le carnaval ?
L’origine du mot « gras » vient du fait qu’autrefois, à cette période, on consommait les réserves conservées dans les greniers : viandes, jambons, matières grasses… On mangeait parfois plus que d’habitude avant d’entrer dans la période de jeûne du Carême. C’est aussi la période des crêpes, tout comme l’Épiphanie est associée à la galette des rois. Ces traditions culinaires font partie de la culture populaire liée à cette fête. Le carnaval est l’autre dimension du Mardi Gras. Il s’agit d’un moment festif où les populations se déguisent et défilent. C’est une manière de tourner la vie en dérision, d’exprimer la joie et de mettre en valeur les cultures locales. Dans certains pays comme le Brésil ou la Guinée-Bissau, et même dans plusieurs paroisses au Sénégal, les carnavals ne sont pas forcément limités au Mardi Gras. Ils sont devenus des moments de parade et d’expression culturelle.
Le déguisement a-t-il un sens religieux ?
Le déguisement permet d’exprimer une forme de légèreté face à la vie. On voit des enfants habillés en militaires, en médecins, en prêtres ou en religieuses. C’est une manière de rappeler que « Aduna du dara », comme on le dit en wolof : la vie terrestre est relative par rapport à l’essentiel.Mais il y a aussi une dimension plus profonde, notamment pour les enfants. Lorsqu’un enfant porte la blouse d’un médecin ou l’habit d’un religieux, cela peut révéler ou éveiller une vocation. Le Mardi Gras devient alors un moment non seulement festif, mais aussi révélateur d’aspirations futures. C’est pourquoi il ne faut pas priver les enfants de ce temps de joie. Il participe à leur épanouissement et à leur ouverture sur l’avenir.Enfin, cette notion de transition existe également dans d’autres traditions religieuses. Dans l’islam, par exemple, le « Tadjabone » joue un rôle comparable, avec des manifestations festives similaires. Cela montre que ces moments de passage ont une dimension universelle.
Mame Ndella FAYE

