Dette publique du Sénégal : La confiance du marché régional s’érode
L’analyse des adjudications de 2026, notamment celle du 6 février, montre une évolution notable du comportement des investisseurs du marché régional.
Malgré un montant global des soumissions de 239,9 milliards FCFA pour 130 milliards mis en adjudication (taux de couverture de 184,5 %), plusieurs signaux indiquent une détérioration qualitative de la demande.
- Une forte préférence pour les maturités courtes
Les investisseurs privilégient désormais les Bons du Trésor (BAT), qui ont représenté environ 75 % des montants souscrits :
- BAT 182 jours : taux d’absorption ≈ 70 %
- BAT 364 jours : ≈ 40 %
- OAT 3 ans : ≈ 19 % seulement
Cette préférence révèle une stratégie défensive limitant l’exposition au risque de duration et anticipant prudemment un potentiel risque de restructuration, comme observé dans plusieurs précédents internationaux.
- Des rendements exigés toujours élevés
Les taux se situent entre 6,39 % et plus de 7,7 %, traduisant une prime de risque persistante et un coût croissant du refinancement. - Une confiance plus sélective du marché
La mobilisation régionale demeure, mais les investisseurs deviennent plus sélectifs et s’engagent peu sur les maturités longues, signe d’une confiance prudente et conditionnelle. - Une gestion active de la dette qui montre ses limites
La dépendance accrue aux titres courts renforce la vulnérabilité du Sénégal, augmentant la fréquence du refinancement et la sensibilité aux variations de confiance.
Avec un besoin de financement estimé à 6 075 milliards FCFA en 2026, le coût de mobilisation pourrait continuer de croître. - Nécessité d’un rétablissement rapide de la crédibilité macro-budgétaire
Un cadre de stabilisation crédible, soutenu par un programme avec le FMI et une coordination renforcée avec la BCEAO, apparaît essentiel pour éviter un cycle prolongé de refinancement coûteux et fragile.
Pr. Amath Ndiaye — FASEG-UCAD

