CHANGEMENT CLIMATIQUE AU SENEGAL: L’ANACIM alerte sur les risques sanitaires liés à la poussière
Une importante concentration de poussière affecte le Sénégal depuis plusieurs jours. En cause, des vents forts venus du nord de la Mauritanie et du nord du Mali, qui ont transporté ces particules jusqu’au territoire sénégalais via l’harmattan.
L’alerte a été donnée par ANACIM, qui met en garde contre des impacts notables sur la visibilité, la sécurité des déplacements et surtout la santé des populations les plus vulnérables.Ingénieur prévisionniste à l’Agence nationale de l’avion civile et de la météorologie (ANACIM), Mor Kébé explique que « depuis deux jours, une poussière importante touche le pays. Elle a été soulevée par des vents forts observés sur le centre et le nord de la Mauritanie ainsi que sur le nord du Mali, avant d’être transportée vers le Sénégal par l’harmattan ».
Cette situation entraîne « une baisse de la visibilité, ce qui peut présenter des risques pour la circulation sur les routes, en mer et dans les airs », prévient-il.Sur le plan sanitaire, Mor Kébé souligne que « ce changement climatique peut également avoir des effets sur la santé, en particulier chez les personnes souffrant de problèmes respiratoires ».
Des améliorations sont toutefois attendues. « Selon les prévisions, cette poussière va progressivement se dissiper. Déjà, une amélioration sera notée dès mercredi, avec un retour à de meilleures conditions », ajoute-t-il.En attendant, l’ANACIM recommande de limiter les déplacements non essentiels, d’éviter l’exposition à la poussière et de protéger le nez et la bouche. Les personnes les plus sensibles sont invitées à rester autant que possible à l’intérieur. Les professionnels de santé appellent aussi à la prudence. Limiter les sorties, se protéger efficacement et consulter dès l’apparition des premiers symptômes restent les meilleurs réflexes pour traverser cette période à risque
Mariem DIA &Viviane DIATTA
DR PAPA MASERIGNE SOUMARE, PNEUMOLOGUE A L’HOPITAL FANN: « Toutes ces pathologies peuvent s’aggraver avec cette pollution atmosphérique »
Au Centre Hospitalier National Universitaire de Fann, l’inquiétude est palpable. Le Dr Papa Maserigne Soumaré, pneumologue, met en garde contre les effets de la pollution atmosphérique actuelle. « Les personnes souffrant de maladies respiratoires doivent beaucoup plus se protéger et se rapprocher des structures hospitalières », avertit-il.
Il explique que l’exposition à la poussière « peut déclencher ou aggraver certaines pathologies respiratoires ». Parmi les conséquences, le spécialiste cite « les pathologies infectieuses, car la pollution atmosphérique altère les défenses naturelles de l’organisme et rend les personnes plus susceptibles aux infections, notamment virales ». Il ajoute : « c’est durant ces périodes qu’on observe davantage de cas de grippe ».
Au-delà des infections virales, le pneumologue évoque « les infections bactériennes » et l’aggravation de maladies chroniques telles que l’asthme et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), ainsi que « la fibrose pulmonaire ». Et de prévenir : « toutes ces pathologies peuvent s’aggraver avec cette pollution atmosphérique actuellement présente à Dakar ».
Gestes barrières et vigilance accrue
Le Dr Soumaré recommande le port du masque et déconseille toute activité sportive en plein air. « Il faut éviter carrément de faire du sport en plein air, car ce sont des particules en suspension dans l’air. Le port du masque, même chirurgical, permet au moins de limiter l’inoculum de ces particules », souligne-t-il.En cas de symptômes – toux, éternuements, écoulement nasal ou aggravation d’une maladie respiratoire – il conseille « de se rapprocher rapidement d’une structure hospitalière pour une meilleure prise en charge ».
Asthmatiques : un risque majeur
Les personnes asthmatiques sont particulièrement exposées. « Ils seront les premiers à être impactés », avertit le pneumologue, qui insiste sur l’importance du traitement de fond.« Beaucoup de patients ne prennent leur traitement qu’en cas de crise, ce qui est dramatique. Un asthmatique sans traitement de fond s’expose, en période de forte pollution, à un risque d’asthme grave pouvant mener en réanimation », déclare le médecin.
Même les sujets sains concernés
Selon le spécialiste, la pollution n’épargne pas les personnes sans antécédents respiratoires. « Une exposition prolongée affaiblit les défenses naturelles, notamment les muqueuses des voies aériennes, rendant l’organisme plus vulnérable aux infections virales et bactériennes », indique Dr Soumaré.
Il recommande la vaccination contre certains agents pathogènes, notamment « le pneumocoque, le virus de la grippe et l’haemophilus », et rappelle que « tout ce qui affaiblit les défenses naturelles, notamment le tabagisme, doit être banni ».
Mariem DIA &Viviane DIATTA

