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CONGRES DES MEDECINS PRIVES: Dr Abdou Kane Diop lave l’honneur des praticiens

Les médecins du secteur privé du Sénégal ont tenu à rétablir leur image et à répondre aux critiques récurrentes dont ils disent être victimes. Réunis à l’occasion de leur premier congrès, ils ont plaidé pour davantage de reconnaissance et une attention soutenue de l’État.Prenant la parole, le président du Syndicat des médecins privés du Sénégal (SYMEPS), Dr Abdou Kane Diop, a dénoncé une perception réductrice et souvent injuste de la pratique médicale privée.

« Le Syndicat des médecins privés du Sénégal (SYMEPS) créé en 1977 par d’éminentes personnalités de la médecine, s’est longtemps heurté à une mauvaise perception de la pratique médicale privée, péjorativement étiquetée à but lucratif. Oubliant parfois que le but de la médecine est de soigner, de prévenir et de promouvoir la santé et le bien-être », a-t-il déclaré.Pour Dr Diop, la pratique médicale demeure avant tout un métier qui mérite une rémunération décente. « La pratique médicale est un métier et tout métier mérite un salaire, gage de la préservation de la dignité et de sa place dans la société humaine », a-t-il souligné.

Le privé, complément indispensable du public

Insistant sur la complémentarité entre les deux secteurs, le président du SYMEPS a rappelé que « le secteur privé est juste le parfait complément du secteur public dans un système unique, dévoué à la santé, au bien-être des populations, mais aussi à l’épanouissement des prestataires professionnels de santé ». Selon lui, la Vision Sénégal 2050 doit intégrer pleinement cette réalité afin d’asseoir une véritable souveraineté sanitaire.

« La souveraineté sanitaire ne pourra être atteinte sans le développement du secteur privé sanitaire et sans sa totale inclusion quasi-fusionnelle avec le secteur public », a-t-il martelé, appelant à la construction d’un système de santé « résilient, insubmersible, indestructible, centré certes sur le patient, mais aussi sur le prestataire et sur le territoire ».Dr Diop a illustré cette ambition par une vision inclusive de l’accès aux soins. « Notre principal objectif est de permettre aux paysans de Fongolemi, à l’éleveur nomade du Ferlo, aux pêcheurs de Guetendab, aux fonctionnaires de Ndiaganiao, aux marchands ambulants de Petersen d’avoir le même niveau de soins ». a-t-il lancé.

Un poids économique majeur sous-estimé

Estimant que le secteur privé sanitaire joue un rôle stratégique, le président du syndicat a rappelé que celui-ci contribue à hauteur de 45% de l’offre de soins, emploie plus de 35 000 personnes et participe activement au PIB national.« Le secteur privé sanitaire (…) mérite une attention particulière. Ce secteur a besoin de tout le soutien de l’État du Sénégal. Le secteur privé est un acteur sanitaire, certes, mais aussi un acteur social, un acteur économique », a-t-il insisté.

Financement et blocages structurels

Abordant la question du financement, Dr Diop a pointé l’importance de l’autofinancement, fondé sur trois leviers essentiels : l’accès des patients aux structures privées, le niveau de rémunération et le respect des délais de paiement par les tiers payants. Il a déploré que « l’absence d’une régulation de la relation tiers payants-prestataires affaiblit considérablement le secteur dans sa capacité d’autofinancement ».

Il a également dénoncé le gel des tarifs, rappelant que « le niveau de rémunération est bloqué depuis 25 ans pour les IPM et 45 ans pour le régime général », dans l’attente de textes réglementaires toujours non adoptés.

Pour une vision politique claire

Sur le statut des structures privées de santé, Dr Diop a exprimé de fortes réserves. « Le soin de santé ne devrait point être considéré comme une marchandise », a-t-il affirmé, appelant à des réformes concertées et inclusives afin d’éviter des textes « contre-productifs et sources de divisions entre les groupes de prestataires ».Il a lancé un appel fort aux autorités : « Il nous faut une vision et une volonté politique claire, protectrice, sans être protectionniste, d’un secteur privé dynamique propulseur de son développement par des modèles économiques innovants, relevant d’une intelligence économique sanitaire ».

S’adressant enfin au ministre de la Santé, venu présider le congrès, Dr Diop a exprimé l’attente des praticiens quant à une implication active de l’État sur des questions clés telles que le financement, la souveraineté sanitaire, le statut des structures privées, la recherche, les pôles territoriaux et la prise en charge de pathologies majeures comme l’hypertension artérielle et le diabète.

Viviane DIATTA

DR IBRAHIMA SY, MINISTRE DE LA SANTE: « Le secteur privé est un bon garant d’équité dans l’accès aux soins »

Placée sous le thème « Souveraineté sanitaire, stratégie et modèle pour le secteur privé médical », la première édition du congrès scientifique du Syndicat des médecins privés du Sénégal a servi de cadre à une réflexion approfondie sur la place et le rôle du privé dans le système de santé national.Présidant la rencontre, le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Ibrahima Sy, a rappelé que la souveraineté sanitaire repose avant tout sur la capacité du pays à maîtriser ses propres ressources médicales. Pour lui, elle implique de produire localement, de réduire la dépendance aux importations et de développer des modèles de soins adaptés aux réalités nationales.

« Le secteur privé médical est un acteur incontournable du système de santé avec 45% de l’offre de soins. Une diversité et des spécialités pointues y contribuent à réduire les évacuations sanitaires. Il est un grand pourvoyeur d’emploi avec 35 000 agents », a souligné le ministre.

Un secteur clé, mais confronté à des défis structurels

Malgré ses contributions majeures, le secteur privé de la santé fait face à plusieurs contraintes. Le ministre a notamment cité l’accès au financement, une fiscalité adaptée, la disponibilité des médicaments et produits de santé, un cadre réglementaire favorable à l’investissement, ainsi que les enjeux liés à la formation continue des acteurs.« Cependant, notre ambition est claire, faire du secteur privé un partenaire stratégique de l’État au service de l’équité, de la qualité et de l’accessibilité aux soins », a constaté le Dr Sy qui a, par ailleurs, regretté que de nombreuses initiatives privées soient souvent freinées par l’absence de réformes structurantes à la hauteur des enjeux.

« On développe le secteur de la santé pour soigner, mais on développe aussi le secteur de la santé pour soutenir notre économie nationale. Il est possible d’avoir les soins de qualité, mais une économie qui se porte bien, avec une bonne contribution du secteur privé de la santé au niveau de notre pays », a-t-il relevé.

Vers des réformes attendues et structurantes

Dans cette dynamique, le ministre a réaffirmé la volonté des autorités de faire du privé un levier de performance et d’équité. « Si nous avons tenu à ce qu’il y ait ces réformes, nous pensons que le secteur privé de la santé est un bon garant de performance, d’équité dans l’accès aux soins au niveau national. Nous comptons avec vous pour faire du Sénégal un peu en matière de santé publique », a-t-il rassuré.Sur le plan technique, Dr Sy a annoncé des avancées notables, notamment la finalisation de la révision de la nomenclature générale des actes professionnels, actuellement en attente de son décret d’approbation.

Il a également fait état de la validation de la mise à jour des honoraires, qui attend désormais son arrêté d’application. « Pour toutes ces actions, les diligences nécessaires sont apportées pour une mise en œuvre effective dans les meilleurs délais », a-t-il précisé.Enfin, le ministre a indiqué que plusieurs chantiers structurants sont en cours, parmi lesquels le Code de la santé, la carte sanitaire et le projet de réforme hospitalière intégrant pleinement le secteur privé. Ces réformes visent notamment la mise à jour du cadre réglementaire de l’exercice privé et la formulation de propositions fortes pour un meilleur accompagnement et un développement durable du secteur privé de la santé.

Viviane DIATTA