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SACRE FORGE DANS L’ADVERSITE, PORTE PAR LE JEU ET LA MATURITE COLLECTIVE: Pourquoi le Sénégal est un beau champion !

Invaincu, dominateur dans les chiffres comme dans le contenu, le Sénégal a conquis au Maroc une deuxième couronne continentale qui n’a rien d’un hold-up. Bien au contraire. Cette CAN 2025 raconte l’histoire d’un champion sûr de sa force, capable d’absorber les vents contraires (contexte hostile, arbitrage contesté de Jean-Jacques Ndala en finale, pression d’un pays hôte poussé par tout un peuple) sans jamais perdre de vue l’essentiel.

Après le Cameroun en 2022, les Lions ont encore gagné loin de leurs bases. La marque des grands.Certains titres s’arrachent, d’autres se méritent pleinement. Celui du Sénégal, au soir de cette CAN 2025, s’est imposé comme une évidence. Au Maroc, le Sénégal n’a pas gagné par surprise, mais par supériorité. Parce que ce sacre ne raconte ni un coup du sort ni une réussite isolée, mais la trajectoire patiemment construite d’une équipe devenue référence continentale.

Invaincus, maîtres du tempo, souverains dans les moments clés, les Lions ont traversé le Maroc comme on traverse une épreuve initiatique : avec calme, lucidité et une foi inébranlable en leur jeu. Ce sacre n’est pas un exploit. C’est une confirmation.

Un parcours de référence

Le parcours des hommes de Pape Thiaw dit beaucoup de leur maturité. Premiers du groupe D, puis succès maîtrisés face au Soudan (3-1), au Mali (1-0) et à l’Égypte (1-0) avant de se payer le scalp du Maroc en finale (1-0 après prolongations). Le sentier emprunté par le Sénégal est celui des équipes complètes. Sept matches, six victoires et un nul, 13 buts inscrits (2e meilleure attaque derrière le Nigeria et ses 14 buts), seulement deux concédés (co-meilleure défense avec le Maroc).

Cinq clean-sheets, une possession moyenne de 61,1% (1er), 7,7 tirs cadrés par match (1er), et surtout une capacité à produire, encore et encore en étant la deuxième équipe au nombre d’occasions créées (24). Même l’inefficacité ponctuelle (17 occasions manquées) n’a jamais entamé la dynamique.Plus révélateur encore : huit buteurs différents.

De Pape Gueye (3 buts) à Iliman Ndiaye (1 but), en passant par Nicolas Jackson (2 buts), Sadio Mané (2 buts), Chérif Ndiaye (2 buts), Ibrahim Mbaye (1 but), Habib Diallo (1 but) ou Abdoulaye Seck (1 but), le Sénégal a gagné par le collectif. À l’heure des équipes dépendantes d’un seul homme, les Lions ont partagé la responsabilité offensive. C’est rarement un hasard.

Briser les malédictions

Ce sacre a aussi une portée symbolique. Pour la première fois de son histoire, le Sénégal a marqué en finale de CAN, après trois tentatives infructueuses (2002, 2019, 2022). Pour la première fois également, il a battu le pays organisateur en phase finale. Et il devient la première nation d’Afrique subsaharienne à remporter une CAN en Afrique du Nord depuis le Nigeria en 1994.

Quatrième équipe seulement à battre le pays hôte en finale, le Sénégal a écrit une page rare de l’histoire continentale.Force tranquille avec un entraineur dans l’actionAu fil du tournoi, les Lions ont dégagé une impression de sérénité presque déroutante. Une équipe capable de temporiser, puis d’accélérer avec une violence maîtrisée. Pressing agressif, jeu porté vers l’avant, faculté à faire déjouer l’adversaire.

Le Sénégal n’a jamais renié son ADN, tout en sachant s’adapter. Chaque tour a apporté son défi tactique, et chaque fois, la réponse a été juste. Le pays de la Téranga a su combiner un jeu de possession avec un jeu direct et efficace. Une équipe solide, compacte, capable d’accélérer quand il le faut.Cette CAN est aussi celle d’un technicien audacieux. Pape Thiaw n’a jamais subi. Il a anticipé.

En finale, son passage à une défense à trois, avec Ismaïla Sarr repositionné en piston droit pour étirer le bloc marocain, a changé la physionomie du match. Thiaw a imposé sa patte, mais surtout une philosophie : dicter le tempo plutôt que le subir. Seul entraîneur à remporter le CHAN et la CAN dans l’histoire du football africain, il a fait vaciller certains dogmes établis, rappelant que la compétence n’a pas de passeport. Son audace stratégique a été l’une des grandes leçons de cette compétition.

La constance des puissants

Depuis le passage à 24 équipes, le Sénégal a disputé trois finales sur les quatre dernières CAN. L’élimination en 2023 fait figure d’exception. En 2025, les Lions ont battu leur record de victoires sur une édition (6), confirmant une régularité qui repose sur une colonne vertébrale d’élite. Édouard Mendy (11 clean-sheets en 18 matches de CAN), Kalidou Koulibaly (23 matches), Idrissa Gana Gueye (29 matches), et devant, Sadio Mané. Pour ce qui sonne comme leur dernière CAN, les tauliers auront porté cette équipe et hisser tout un collectif vers le haut.

Mané, le leadership sans statistiques

MVP de la CAN 2025, Mané n’a pas empilé les chiffres (2 buts, 3 passes), mais il a tout incarné. Premier au pressing, exemplaire dans le sacrifice, monstrueux tactiquement, alternant décrochages et appels pour libérer les espaces. Et surtout ce geste en finale de rappeler ses coéquipiers à l’ordre, refuser la rupture malgré le sentiment d’injustice. Un acte de leader, presque politique, qui a sauvé l’image du football africain.

Avec 11 buts et 9 passes décisives en phase finale de CAN, record absolu au XXIe siècle, deux titres continentaux, une carrière européenne exceptionnelle et une influence qui dépasse le terrain, Sadio Mané peut désormais regarder Samuel Eto’o et les autres droit dans les yeux. Peut-être même plus. À 33 ans, pour sa dernière CAN, Mané quitte la scène continentale par la grande porte. Comme son équipe. Un beau champion, tout simplement.

Au terme de cette CAN 2025, le Sénégal n’a pas seulement soulevé un trophée. Il a affirmé une identité, imposé un standard, rappelé que le football sénégalais pouvait conjuguer puissance, intelligence et élégance sans jamais se renier. Champion à l’extérieur, champion dans l’adversité, champion par le collectif et par le jeu, le pays de la Téranga a gagné bien plus qu’un titre.

Il a gagné le respect durable du continent. Et peut-être davantage encore la certitude que cette génération n’est pas une parenthèse dorée, mais un socle. Le Sénégal n’est plus seulement champion d’Afrique. Il est devenu une mesure.

Mouhamed DIEDHIOU