CAN 2025 – FINALE SENEGAL-MAROC DE CE DIMANCHE: Les urgentistes sénégalais en alerte maximale
À 24 heures de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025 opposant le Sénégal au Maroc, ce dimanche, à Rabat, l’effervescence gagne les rues, les foyers… et les hôpitaux. Au Sénégal, les services d’urgences ont activé le mode vigilance. Les urgentistes, en première ligne, se préparent à faire face à un afflux de patients, conséquence directe de l’intensité émotionnelle que suscite cette rencontre décisive.
À bord de leurs ambulances, véritables hôpitaux sur roues, ces professionnels du secours interviennent 24 heures sur 24. Chaque jour, ils reçoivent des dizaines d’appels à l’aide. Lorsque le danger de mort est imminent, ils sont souvent le dernier rempart.Avec la qualification des Lions de la Téranga en finale, l’alerte est montée d’un cran.
Pour le docteur Babacar Niang, médecin-chef de Suma Assistance, les urgentistes n’attendent pas un match de football pour être prêts. Mais il reconnaît que cette finale de CAN Sénégal-Maroc représente un défi particulier. Déjà, lors de la demi-finale, les équipes ont été fortement sollicitées.Selon lui, le danger se situe souvent en amont. « C’est avant les urgences qu’il faut se préparer, parce que c’est des malaises en général qui sont quasiment mortelles. Et la majeure partie des cas, les gens meurent avant d’arriver des urgentistes ou aux services des urgences », confie-t-il.
Le médecin cite un cas marquant : celui d’un marabout décédé après le but du Sénégal contre l’Égypte. « C’est des gens qui souvent, ont déjà des malformations suite à des émotions importantes ». Il explique le mécanisme physiologique en cause : « Il y a l’adrénaline, qui est un produit qui se relâche. Cette adrénaline a un effet sur les vaisseaux cardiaques. C’est ce qui fait que la personne fait l’équivalent d’une crise cardiaque. Ce qu’on appelait une crise cardiaque avant, actuellement, on appelle ça des maladies coronaires. Les gens qui ont des maladies coronaires, c’est ce qui alimentent le cœur. Le cœur, c’est vrai qu’il est celui qui transporte le sang, mais en même temps, il a besoin de sang. Donc, il a des artères sur le cœur. Quand le cœur s’arrête, malheureusement, il ne peut plus pomper. C’est assez brutal ».
Quatre urgences vitales sous surveillance
Le docteur Niang appelle ses collègues à maintenir les dispositifs de sécurité au plus haut niveau. Il rappelle que toutes les urgences vitales se résument à quatre organes clés : le cœur, les poumons, la tête et le cerveau. « Parce que dit-il, toutes les urgences sont limitées à quatre, c’est le cœur, le poumon, la tête et le cerveau. Et c’est l’urgence de la tête qui commande tous les organes ».
Il insiste sur l’interdépendance des fonctions vitales. « Quand on prend un traumatisme, on ne peut plus commander ni le cœur, ni le poumon. Il ne faut pas oublier que tous ces organes aussi dépendent du cerveau », souligne-t-il.Les services d’urgence, précise-t-il, disposent d’équipements spécialisés pour surveiller ces fonctions vitales.
« En cardiologie, on a des cardioscopes qui mesurent l’activité cardiaque, le rythme cardiaque. En respiration, on a le rythme cardiaque pour mesurer même le taux d’oxygène qui circule dans votre corps. En cerveau ou la tête, on a un score ménage qui peut dire à quel niveau votre cerveau fonctionne. C’est tous ces dispositifs qu’on a mis en place dans les services d’urgence pour prendre en charge ces quatre urgences », informe le spécialiste.Mais une inquiétude demeure : la distance. « Cependant, craint le médecin, si le malaise se fait à distance d’un centre hospitalier, c’est le transport aussi qui pose un problème », concéde-t-il.
À l’hôpital Idrissa Pouye, la pression est déjà là
À l’hôpital Idrissa Pouye de Grand-Yoff, le service des urgences ne désemplit pas. Le docteur Ousseynou Gaye, urgentiste, témoigne d’une nuit particulièrement éprouvante.« Nous avons veillé toute la nuit du mercredi au jeudi. Nous avons reçu une dizaine de patients qui ont fait des malaises, des accidents de voitures, de motos, après le match contre l’Egypte », renseigne-t-il.Depuis le début de la CAN, l’anticipation est de mise.
« Depuis le début de la Can, nous nous préparés à accueillir des urgences. C’est normal parce que c’est une grande rencontre africaine. Les gens sont malades et certains découvrent leurs anomalies à travers ces évènements. Nous sommes en alerte pour la finale. Nous allons certainement recevoir encore plus de patients », se projette-t-il déjà.Sur les capacités de prise en charge, le médecin reste lucide. « Nous avons beaucoup de moyens pour secourir les gens. Mais il reste énormément de choses à améliorer. Parce que quand on parle d’urgence, cela veut dire que le pronostic vital de la personne est entre nos mains », déclare-t-il.
Il se veut toutefois rassurant. « Mais rassurez-vous, pour cette finale, nous avons pris les devants. Cela ne sera pas comme 2021 où nous nous sommes retrouvés avec des services publics pleins à craquer. On ne pouvait pas faire grande chose. Nous nous sommes préparés et nous avons fait énormément de formations de renforcement de capacité », assure le médecin.
Routes, embouteillages et civisme en question
La principale crainte du docteur Gaye reste le retard dans l’arrivée des secours, dû à l’état des routes et aux embouteillages. Il déplore le manque de civisme de certains usagers. « Les véhicules refusent parfois de céder le passage aux ambulances. C’est pourquoi, avant que le malade ou les urgentistes arrivent sur les lieux, c’est déjà trop tard », se désole-t-il.Par ailleurs, il rappelle l’importance des premiers gestes. « Les premiers secours se font sur la place. Quand une personne fait un malaise, c’est son entourage qui doit s’en occuper avant l’arrivée de l’ambulance ou avant de l’amener à l’hôpital. Les premières minutes comptent énormément pour le malade », explique-t-il, tout en lancant un appel à la solidarité : « Nous devons nous aider. Surtout pour cette finale, ce sera chaud si le Sénégal gagne ou perd. Il faut toujours laisser les ambulances passer. C’est une question d’humanisme ».
Un message clair aux personnes cardiaques
Enfin, le docteur Babacar Niang s’adresse directement aux personnes souffrant de problèmes cardiaques. Il les invite à la prudence. « Les personnes qui ont des problèmes cardiaques doivent éviter le maximum d’être en émotion. Il y va de leur santé, voire de leur vie », conseille-t-il.Reconnaissant la ferveur populaire, il conclut : « C’est un peu paradoxal, mais en même temps, c’est un enjeu important pour les gens. L’équipe doit devenir un enjeu très important où la vie de la ville peut s’en prendre à la vie des gens ».À l’heure où le Sénégal retient son souffle avant la finale, les urgentistes, eux, restent debout, prêts à intervenir. Dans l’ombre de la fête, ils veillent sur des vies.
Viviane DIATTA

