CAN 2025 -SENEGAL-ÉGYPTE- Thiaw-Hassan : Le duel des systèmes
Face à une Égypte métamorphosée par une défense à trois, le Sénégal devra faire parler sa maturité tactique. Plus qu’un choc de talents, la demi-finale s’annonce comme une bataille d’organisations, où la capacité de Pape Thiaw à déjouer le 3-5-2 égyptien d’Hossam Hassan pourrait faire basculer le rapport de force.
TANGER, Maroc – L’Égypte n’a pas seulement changé de visage dans cette CAN 2025, elle a surtout changé de logiciel. Débuté avec une défense à quatre, le parcours des Pharaons a pris un tournant structurel dès le deuxième match contre l’Afrique du Sud (1-0). Privé de son patron défensif Mohamed Abdelmonem, blessé et forfait pour le reste du tournoi, le staff technique égyptien a opté pour une défense à trois centraux, davantage par nécessité que par dogme. Un ajustement qui s’est révélé payant.
Le 3-5-2 des Pharaons, une armure pensée pour la transition
Désormais articulée en 3-4-1-2 ou en 3-5-2 selon les phases, l’Égypte d’Hossam Hassan s’appuie sur un triangle défensif composé de Yasser Ibrahim (Al-Ahly), encadré par Hamdy Fathi (Al-Wakrah) ou Hossam Abdelmaguid et Ramy Rabia (Al-Ain). Sur les côtés, Mohamed Hamdi (Pyramids FC) ou Ahmed Fatouh (Zamalek) et Mohamed Hany (Al-Ahly) occupent le rôle exigeant de pistons, chargés d’étirer le bloc en possession et de se replier bas sans ballon. Un dispositif compact, capable de défendre à huit joueurs, tout en laissant trois éléments prêts à jaillir à la récupération.
Car la force de cette Égypte réside dans cet équilibre paradoxal : une base défensive dense, mais aussi une capacité immédiate à projeter Ashour, Salah et Marmoush vers l’avant. Les transitions égyptiennes ont déjà fait des dégâts, notamment face à la Côte d’Ivoire (3-2), punie à deux reprises sur des phases de déséquilibre. Marmoush et Salah bénéficient d’une liberté accrue, protégés par la structure du système et servis dans des zones où ils peuvent faire parler leur vitesse et leur percussion.
Le Sénégal face à l’obligation d’imposer son tempo
C’est précisément là que le Sénégal devra frapper juste. Pour ne pas tomber dans le piège tendu aux Ivoiriens, Pape Thiaw devra ajuster son plan sans renier l’ADN de son équipe. Une option crédible serait de faire évoluer le 4-3-3 vers un 4-2-3-1, afin de densifier l’axe et mieux contrôler la zone entre les lignes. L’objectif serait clair : empêcher Ashour d’orienter, couper les relations Salah-Marmoush et exploiter les espaces laissés entre le milieu et la défense égyptienne.
Les couloirs pourraient également devenir une zone clé. En attaquant constamment les flancs, le Sénégal forcerait les pistons égyptiens à défendre bas, réduisant leur influence offensive et étirant la ligne de trois centraux. Des attaquants mobiles, capables de multiplier les appels dans le dos des pistons, pourraient mettre en difficulté une défense parfois exposée sur les retours défensifs. Dans ces interstices, un joueur comme Iliman Ndiaye, à l’aise entre les lignes, pourrait trouver un terrain d’expression idéal.
Mais le défi sera aussi défensif. Face à une équipe qui vit des transitions, la gestion des pertes de balle et le repli immédiat seront déterminants. La moindre désorganisation pourrait offrir à Salah ou Marmoush l’espace nécessaire pour faire mal.Enfin, Pape Thiaw pourrait lui aussi surprendre Hassan. Le technicien sénégalais l’a répété : il n’est pas prisonnier d’un seul système.
Le 3-5-2, déjà expérimenté avec succès contre le Kenya en novembre (8-0), pourrait refaire surface, avec Mamadou Sarr en troisième défenseur central et des pistons déjà rodés comme Krépin Diatta et El Hadji Malick Diouf. Une manière de répondre au miroir égyptien.Mercredi, plus qu’un simple duel de favoris, ce Sénégal-Égypte sera une partie d’échecs à grande vitesse. Et dans ce genre de match, la justesse tactique pèse parfois aussi lourd que le talent brut.
Mouhamed DIEDHIOU

