BADARA SALL (OPS) SUR L’AUGMENTATION DU QUOTA D’ACHAT D’ARACHIDE : « La Sonacos ne peut pas absorber 450 000 tonnes de graines »
Le Secrétaire général de l’Organisation des Paysans du Sénégal (OPS), Badara Sall, exprime de sérieux doutes quant à la capacité de la Sonacos à absorber les 450 000 tonnes de graines d’arachide que le Premier ministre Ousmane Sonko a instruit à la société publique d’acheter dans le cadre de la campagne de commercialisation en cours.
« La Sonacos ne peut pas absorber 450 000 tonnes de graines. Ce n’est pas possible », a martelé Badara Sall lors d’un entretien téléphonique. Selon le syndicaliste paysan, la décision du chef du gouvernement soulève de nombreuses interrogations, notamment sur la capacité réelle des usines de la Sonacos à traiter de tels volumes. Il rappelle que l’année dernière, la société n’avait pu acheter qu’environ 150 000 tonnes de graines.
« Même passer de 150 000 à 250 000 tonnes serait déjà un défi. Parler aujourd’hui de 450 000 tonnes relève davantage du tape-à-l’œil que d’une approche rationnelle, d’autant plus que les stocks de l’année dernière et des trois années précédentes sont toujours présents dans les hangars des quatre usines de la Sonacos », a-t-il soutenu.
Un outil industriel vieillissant
Pour Badara Sall, l’une des principales causes de cette faible capacité d’absorption réside dans la vétusté des équipements industriels. « Le matériel de la Sonacos date de l’antiquité. Ce sont des machines des années 1940, sans véritable renouvellement. Ce sont les mêmes équipements qui continuent de fonctionner aujourd’hui dans les usines », a-t-il dénoncé.Face à cette situation, le Secrétaire général de l’OPS plaide ouvertement pour une privatisation de la société.
« Nous souhaitons la privatisation de la Sonacos afin de renouveler le matériel et moderniser l’outil de production. C’est la seule voie pour booster réellement la transformation », a-t-il recommandé.
Au-delà de la question de la privatisation, Badara Sall propose un changement de modèle économique. Il suggère que la Sonacos dispose de ses propres périmètres agricoles, avec une main-d’œuvre dédiée, afin d’assurer une partie de son approvisionnement en matières premières. « La Sonacos doit produire une partie de ses besoins. Ce n’est qu’en cas d’insuffisance qu’elle devrait se tourner vers le monde rural pour combler le gap », a-t-il indiqué.
Commercialisation : manque de liquidités et responsabilités pointées
Revenant sur les dysfonctionnements observés dans la commercialisation de l’arachide, le leader paysan pointe du doigt le manque de ressources financières. « Les opérateurs n’ont pas d’argent. Ce déficit de liquidités est à l’origine de l’insolvabilité des banques », a-t-il expliqué.Sur ce point, Badara Sall n’a pas hésité à engager la responsabilité du Premier ministre.
« En tant que chef du gouvernement, c’est Ousmane Sonko qui porte la responsabilité de cette situation », a-t-il affirmé, adressant également des critiques au ministre de l’Industrie et du Commerce, Sérigne Guèye Diop, estimant que « les dispositions nécessaires n’ont pas été prises pour assurer le bon fonctionnement des points de collecte ».
Malgré ces critiques, Badara Sall reconnaît les efforts du gouvernement, notamment en ce qui concerne la mise à disposition des intrants agricoles à temps. « Cette année, toutes les spéculations ont répondu à l’appel. En termes de production, tout est au vert », a-t-il salué.Dans ce contexte de forte production, le secrétaire général de l’OPS appelle l’État à renforcer les capacités financières de la Banque Agricole et de la BNDE.
Il plaide également pour l’ouverture du marché aux opérateurs chinois et indonésiens, ainsi que pour la suppression de la taxe de 40 francs CFA sur les exportations, afin de fluidifier la commercialisation et d’assurer une meilleure rémunération des producteurs.
Mamadou Lamine CAMARA

