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JUSTICE-FONDS COVID ET CORRUPTION: Sophie Gladima et Ismaëla Madior Fall renvoyés en jugement devant la Haute Cour

C’est un fait politique et judiciaire rare dans l’histoire institutionnelle du Sénégal. Pour la deuxième fois seulement depuis l’indépendance, des ministres de la République sont appelés à répondre de leurs actes devant la Haute Cour de justice, juridiction spéciale compétente pour juger les membres du gouvernement pour des faits commis dans l’exercice de leurs fonctions. Il s’agit de Sophie Gladima et Ismaëla Madior Fall.

Après le précédent historique de Mamadou Dia, ancien Premier ministre du président Léopold Sédar Senghor, jugé en 1962 à la suite de la grave crise politique ayant marqué les premières années de l’État sénégalais, l’histoire se répète plus de soixante ans plus tard. Cette fois, ce sont deux anciens ministres du régime de Macky Sall qui sont concernés. Il s’agit de Ismaïla Madior Fall, ex-ministre de la Justice, et de Aïssatou Sophie Gladima, ancienne ministre des Mines et de la Géologie.Selon les informations rapportées par Seneweb, la commission d’instruction de la Haute Cour de justice a décidé, ce 7 janvier 2026, de renvoyer leurs dossiers devant la juridiction de jugement, mettant ainsi un terme à la phase d’instruction.

La commission d’instruction, dirigée par le premier président de la Cour d’appel de Dakar, Abdoulaye Ba, a ainsi définitivement réglé ces deux affaires dans le cadre du vaste processus de reddition des comptes engagé par les nouvelles autorités.Des chefs d’accusation lourdsLes deux anciens ministres sont poursuivis pour des infractions distinctes, mais toutes deux à forte portée politico-financière. Aïssatou Sophie Gladima est mise en accusation dans le cadre de la gestion du fonds Force Covid-19, pour des faits présumés de détournement de deniers publics, un dossier emblématique des dérives reprochées à certaines gestions durant la pandémie.

Ismaïla Madior Fall, pour sa part, est poursuivi pour des faits de corruption et pratiques assimilées, des accusations particulièrement sensibles compte tenu de ses anciennes fonctions à la tête du ministère de la Justice.À ce stade politico-judiciaire, la procédure entre dans une phase décisive. La Haute Cour de justice sera composée de juges titulaires élus par l’Assemblée nationale, conformément aux dispositions constitutionnelles. La juridiction sera présidée par le premier président de la Cour suprême, assisté du président de la chambre pénale de ladite cour. Sur les huit députés désignés comme juges, un seul est issu de l’opposition, les sept autres appartenant à la majorité présidentielle, un élément qui nourrit déjà débats et interrogations sur l’équilibre institutionnel du procès. Le ministère public sera, quant à lui, représenté par le procureur général près la Cour suprême, garant de l’action publique.

Mariem DIA