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EDOUARD MENDY, KALIDOU KOULIBALY, SADIO MANÉ, GANA GUEYE: La dernière danse des cadres ou l’art délicat de la transmission

À l’approche de la CAN 2025 au Maroc, le Sénégal avance avec une certitude et une interrogation. Certitude, celle d’un socle expérimenté qui a déjà goûté au sommet continental. Interrogation, celle du temps qui passe et d’une relève appelée à s’installer.

Entre héritage à défendre et futur à préparer, les Lions s’apprêtent à disputer une compétition charnière, où chaque minute pourrait compter double.Ils sont là depuis longtemps. Parfois depuis trop longtemps, diront certains. Édouard Mendy (33 ans), Kalidou Koulibaly (34 ans), Idrissa Gana Gueye (36 ans) et Sadio Mané (33 ans).

Ces noms ont façonné l’âge d’or du football sénégalais et symbolisé cette colonne vertébrale qui a tenu l’équipe nationale du Sénégal depuis quelques années. Une CAN remportée, des campagnes maîtrisées, une crédibilité continentale et internationale solidement installée. À l’heure d’ouvrir un nouveau chapitre africain, ces cadres incarnent à la fois la force tranquille du Sénégal… et la question centrale de son avenir immédiat.

Sadio et Gana dans l’histoire, des anciens au front

Car, cette CAN 2025 ressemble à un carrefour. Pour plusieurs figures majeures, elle pourrait marquer une dernière apparition sous les projecteurs africains. Le sélectionneur Pape Thiaw ne s’en cache qu’à demi-mot. « Nous avons la chance de compter sur des cadres comme Kalidou Koulibaly, Édouard Mendy, Idrissa Gana Gueye ou Sadio Mané. C’est une richesse énorme. Et derrière eux, il y a des jeunes talentueux.

Avec de tels leaders, l’intégration des jeunes est facilitée, même si notre rôle reste de bien les accompagner. Certains cadres vivent peut-être leur dernière CAN, et les jeunes doivent tout donner pour leur offrir une fin en apothéose » a déclaré Thiaw en marge de la publication de la liste des Lions retenus pour la CAN.Parmi ces piliers, Sadio Mané (121 sélections, 52 buts et 26 passes décisives) et Idrissa Gana Gueye (128 sélections, 7 buts et 6 passes décisives) occupent une place à part.

En s’alignant au Maroc, les deux hommes disputeront leur sixième Coupe d’Afrique des Nations, devenant ainsi les seuls Sénégalais de l’histoire à atteindre un tel total. Ils vont rejoindre un groupe de 14 joueurs ayant représenté leur pays six fois dans cette compétition, dont le Camerounais Samuel Eto’o et l’Ivoirien Yaya Touré.

Une longévité exceptionnelle, symbole de constance et de professionnalisme. Mais cette CAN n’est pas qu’un hommage au passé. Autour d’eux, la concurrence n’a jamais été aussi dense. Dans les couloirs offensifs comme dans l’entrejeu, la jeune garde pousse, performe et revendique sa place. Si leur expérience et leur statut les placent naturellement parmi les titulaires pressentis, Mané et Gana savent qu’aucun rôle n’est figé.

Une pression saine, assumée par le staff, qui oblige les cadres à maintenir un niveau d’exigence maximal. Pour Edouard Mendy (49 sélections) et Kalidou Koulibaly (97 sélections, 2 buts et 6 passes décisives), ce sera respectivement les 4e et 5e CAN. Ils ne sont toutefois pas dans le même cas que Gana et Sadio, puisqu’ils sont des titulaires à part entière à leurs postes. Mendy est inamovible dans les buts, tandis que Koulibaly, capitaine des Lions, répond toujours présent à un poste où Mamadou Sarr semble incarner l’avenir.

La jeune garde sous pression

Le Sénégal ne vient donc pas au Maroc pour tourner une page, mais pour l’écrire proprement. Pas question de rompre brutalement avec ceux qui ont hissé le pays sur le toit de l’Afrique. L’idée est celle d’une transmission maîtrisée, presque pédagogique. Sur le terrain comme dans le vestiaire, les cadres restent les dépositaires du tempo, de la culture de la gagne et de l’exigence du très haut niveau.

Autour d’eux, une génération montante observe, apprend et s’invite déjà dans la rotation. Pour ces jeunes Lions, la CAN sera autant une école qu’un examen. Trop s’appuyer sur les anciens serait risquer l’usure. Les sacrifier trop tôt serait rompre une dynamique patiemment construite. Pape Thiaw avance donc sur une ligne de crête, convaincu que l’expérience reste une monnaie forte dans une compétition toujours imprévisible.

Favori assumé, le Sénégal sait qu’il n’aura aucun match facile. Mais il possède ce que beaucoup lui envient : un noyau dur encore compétitif et une relève affamée. Entre dernière danse et transmission programmée, les Lions jouent peut-être plus qu’un titre. Ils jouent la continuité d’un règne.

Mouhamed DIEDHIOU