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ALIOUNE SALL FACE A DES DEPUTES INQUIETS: « Nous ne sommes pas là pour bâillonner la presse »

L’examen du budget 2026 du ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique a révélé, hier à l’Assemblée nationale, de profondes divergences entre députés sur la situation des médias et la suspension du Fonds d’aide à la presse. Entre accusations de favoritisme, dénonciations de critères jugés arbitraires et rappel strict à la loi, le ministre Alioune Sall a dû défendre fermement son approche.

Plusieurs députés ont interpellé le ministre sur les critères entourant les contrats et subventions destinés aux organes de presse. L’honorable Thierno Alassane Sall a vivement contesté la décision du ministère de priver certains groupes de contrats publics. Selon lui, les nouveaux critères annoncés manquent de crédibilité.

« On ne peut pas priver un des plus grands groupes du pays sous prétexte qu’il ne vous plaît pas, puis dire qu’on va mettre des critères. La presse n’a jamais autant souffert. Ne devenez pas un bourreau de la presse », a-t-il averti.Le député s’en est également pris aux « sites fantômes » qui bénéficieraient, selon lui, d’avantages injustifiés, contrairement à des organes reconnus. « On ne peut pas donner du crédit à un site encagoulé comme Xalat TV et ignorer des organes connus et crédibles », a-t-il dénoncé. Face à ces accusations, Alioune Sall a tenu à rassurer. « Nous ne sommes pas là pour bâillonner la presse. Nous n’avons de guerre avec personne », s’est-il défendu.

Des députés alertent sur la précarité des journalistes

Plusieurs élus ont insisté sur les conséquences sociales de la suspension du Fonds d’aide à la presse. Selon Ansoumana Sané « depuis l’année dernière, la presse est privée de cette aide. C’est aussi une aide sociale. Il faut trouver une solution ». Pape Djibril Fall de souligné que « des reporters sont restés des mois sans salaires. Le combat entre le ministère et les patrons de presse fait des victimes collatérales. Votre plus grand défi, c’est de préserver les emplois ».

Maty Thiam a enfoncé le clou en affirmant que « le secteur est à l’agonie, les reporters au chômage. Quand comptez-vous payer la presse ? Pourquoi la suspension ? ». Boubacar Bâ a lui demandé de «mettre fin au favoritisme. Tous les médias doivent être traités de manière équitable. »

Alioune Sall a expliqué que l’attribution du Fonds d’appui à la presse obéira désormais à des critères stricts : conformité juridique, respect des obligations sociales, professionnalisme, protection des travailleurs, quitus IPRES…

« Nous ne faisons qu’appliquer la loi votée en 2017. Aujourd’hui, ceux qui ont voté cette loi nous demandent de la violer. C’est grave », a-t-il rappelé.Selon lui, l’objectif est clair. C’est de garantir la pluralité médiatique, soutenir la diffusion des politiques publiques, lutter contre les dérives et assurer un contrôle rigoureux des fonds publics.

Polémique autour du CNRA : le ministre recadre

Le député Cheikh Bara Ndiaye a demandé purement et simplement la dissolution du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA), reprochant au ministre de laisser prospérer les insultes sur les réseaux sociaux.

« Pourquoi vous ne légiférez pas quand on insulte le Premier ministre ? Le CNRA est sous votre responsabilité, vous devez agir ! », a-t-il clamé.Une sortie sèche que le ministre n’a pas laissé passer. « Le CNRA est un organe indépendant. Il faut vous informer : ce sont les députés qui votent les lois », a répliqué Aliou Sall, avant que le député Abdoulaye Tall ne rappel l’indépendance du régulateur, tout en soulignant que la presse doit, elle aussi, respecter la loi.

Viviane DIATTA