RÉORGANISATION DE LA PRIMATURE: Un nouveau dispositif stratégique… mais financièrement inflationniste
La réorganisation de la Primature, actée par le décret n°2025-1929 du 27 novembre, constitue une inflexion majeure dans la modernisation de l’appareil gouvernemental. Signé conjointement par le Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et le Premier ministre, Ousmane Sonko, ce texte instaure une architecture profondément remaniée… mais a la incidence financière importante pour le budget de l’État.
Au centre de la nouvelle configuration de l’organigramme de la Primature, il y a le rôle, largement renforcé, des conseillers, désormais placés au cœur de la mécanique décisionnelle du chef du gouvernement. Le décret redéfinit la composition du Cabinet du Premier ministre en instaurant une équipe étoffée, organisée et hiérarchisée autour du Directeur de cabinet.
Désormais, ce dernier bénéficie du rang et des avantages d’un ministre, avec un salaire net d’environ 3,8 millions FCFA, un statut qui reflète son positionnement stratégique dans l’écosystème décisionnel. Il peut être assisté d’un Directeur de cabinet adjoint, nommé dans les mêmes conditions, qui obtient le rang de ministre-conseiller (environ 3 millions FCFA nets).
Le Cabinet se compose également de Conseillers personnels, de Conseillers spéciaux et de Conseillers techniques, qui forment le noyau dur de l’expertise du Premier ministre. Le décret détaille précisément leurs missions : appuyer le PM dans la conception, le pilotage et l’évaluation des politiques publiques, sur des thématiques couvrant l’éventail complet des affaires gouvernementales, politiques, économiques, industrielles, sécuritaires, de gouvernance, ou encore de réforme de l’État.
Pour optimiser la coordination, ces conseillers peuvent être organisés « en pôles » afin de mutualiser compétences et analyses.Des statuts revalorisés et des interrogations sur l’impact budgétaireL’un des changements majeurs introduits par le décret est la revalorisation du statut administratif et financier des conseillers.
Désormais, les Conseillers techniques, spéciaux ou personnels – tous nommés par arrêté du Premier ministre – bénéficient des mêmes indemnités et avantages que les Directeurs de cabinet ministériels, soit un salaire d’au moins 2 millions FCFA, hors avantages annexes.Or, cette nouvelle grille soulève des inquiétudes, dans un contexte où le gouvernement avait promis une réduction du train de vie de l’État.
D’abord parce que le statut de « Conseiller personnel » n’existait pas jusqu’ici dans l’organigramme de la Primature, élargissant mécaniquement les effectifs à rémunérer. Ensuite parce que le Premier ministre, Ousmane Sonko, dispose d’une équipe particulièrement fournie, rien que pour les conseillers techniques : 20 personnes, représentant un coût salarial minimum de 40 millions FCFA par mois, sans compter véhicules, carburant, téléphonie, frais de mission, assistanat ou charges sociales.
En intégrant les Conseillers personnels et les Conseillers spéciaux, l’addition grimpe encore. Au final, les charges cumulées de cette nouvelle configuration pourraient atteindre ou dépasser la centaine de millions de FCFA par mois, soit plus d’un milliard sur l’année.Jusqu’ici doté d’un Secrétaire général ayant rang de ministre et assisté d’un SGG adjoint, le Secrétariat Général du Gouvernement (SGG) voit désormais son dispositif élargi.
Le nouveau décret prévoit en effet que le Secrétaire Général du Gouvernement (SGG) pourra être épaulé par plusieurs Secrétaires Généraux Adjoints, nommés par décret, sur proposition du Premier ministre. Ces adjoints bénéficieront du rang et des avantages d’un ministre-conseiller.
Un paradoxe politique assumé ?
Cette montée en charge, pensée pour professionnaliser et techniciser l’action publique, interroge jusque dans les rangs de la majorité. Car si la réforme ambitionne de renforcer l’efficacité gouvernementale, elle heurte la promesse phare du gouvernement de « rationaliser les dépenses et de réduire le train de vie de l’État », d’autant plus dans un contexte de tensions budgétaires et de restrictions annoncées.
Le débat est désormais ouvert. Renforcement stratégique indispensable ? Ou prise de risque sur l’équilibre budgétaire et la cohérence politique ? Le nouveau décret jette les bases d’un exécutif plus structuré autour de ses experts, mais au prix d’un coût financier que l’opinion ne manquera pas d’examiner à la loupe.
Harouna DEME

