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RIZ DE LA VALLÉE: Dans les marchés de Dakar, le triomphe d’un produit local devenu un choix national

Reportage dans les allées de Tilène, Castors et Blaise Diagne, où le riz du fleuve séduit ménagères, commerçants, familles et personnes souffrant de maladies chroniques. Entre goût, santé et souveraineté alimentaire, ce produit local s’impose comme la nouvelle star de la marmite sénégalaise.

Il est 10 heures passées au marché de Tilène, en plein cœur de la Médina, à Dakar. Les cris des vendeurs se mêlent au parfum du poisson frais et aux volutes d’épices qui flottent dans les allées. Au milieu de cette effervescence, les sacs de riz de la vallée, en référence au fleuve Sénégal, trônent fièrement devant les boutiques : Karolina, Péral, Djongoma, Aïcha… Des variétés locales dont la demande explose.Les prix oscillent entre 11 000 et 11 500 FCFA le sac de 25 kg. selon la qualité. Et selon les commerçants, ça part « comme des petits bonbons ». Chez Diallo, un vendeur habillé d’un grand boubou, le constat est sans appel.

« Je vends plus de riz de la vallée que tous les autres. Les Sénégalais ont compris. L’État doit miser encore plus sur la production locale ! », lâche-t-il.

Le choix croissant des ménages : « plus digeste, plus sain, plus rassurant »

Dans les allées, les profils se croisent, mais les témoignages convergent. Fatou Diallo, diabétique clame « Le riz local a changé ma santé ». Voilée, le pas lent mais décidé, Fatou Diallo confie avoir abandonné le riz importé depuis plus de cinq ans.

« Le riz étranger, c’est fini pour moi. Le riz local est plus digeste et mieux adapté à mon diabète. Aujourd’hui je suis venue spécialement pour ça », confie la jeune dame.Lamine Coly, père de famille estime lui que « le secret de nos vieux, c’est le riz des rizières. Un panier à la main, il sourit et assené : « Tu sais pourquoi les anciens vivaient longtemps au village ? Parce qu’ils mangeaient le riz cultivé ici. Maintenant, on mange européen sans savoir ce qu’il y a dedans ».

Le riz local : un produit qui réconcilie santé, goût et économie familiale

Venue faire ses courses à Castors, un autre haut lieu du commerce à Dakar, Nana Keita, d’origine malienne s’est déjà faite une religion sur le riz local. « Il ne consomme pas beaucoup d’huile, on digère facilement », dit-elle, expliquant que pour ses plats, elle mélange souvent deux variétés. « Le riz de la vallée, même avec peu d’ingrédients, donne un bon thieb. Et il boit moins d’huile ! », conseille Nana.

Mme Faye elle affirme que ce riz est le « meilleur pour la poche et le meilleur pour la santé ». Accompagnée de sa bonne, elle glisse en souriant : « Depuis que j’ai découvert sa qualité, j’ai laissé le riz parfumé. En plus, l’État a fixé le prix à 350 FCFA le kilos. Franchement, mieux vaut protéger sa santé et son porte-monnaie ».

Des bienfaits nutritionnels largement reconnus

Anonyme mais très sûr de lui, un client descendu d’un 4×4 affirme que « le riz local, surtout bio, est riche en fibres, en vitamines B, en magnésium et en zinc. C’est excellent pour l’immunité, la digestion et le cerveau. Certaines variétés comme ‘Isriz 1’ ou ‘Penda Mbaye’ améliorent le goût du thieb national. Pourquoi aller chercher ailleurs ? ».

Assise sur sa chaise pliante, chez elle, Adja Ouleymata Sy, 70 ans, souffrant de diabète, raconte son histoire avec le riz de la vallée : « Depuis des décennies, je ne mange que ça, sur conseil du médecin. C’est le meilleur riz du Sénégal. Je digère bien et je respecte mon régime ».Chaque jour, son repas est réglé : Riz de la vallée à midi, salade simple après 16 heures. Elle souligne que « c’est un riz riche, naturel, sans produits chimiques. Tout le monde devrait en cuisiner ».

Une fierté nationale et un enjeu stratégique

Au-delà des marmites familiales, ce succès renforce un désir commun : la souveraineté alimentaire. Les acteurs rencontrés sont unanimes. Le riz local est plus sain, il est plus digeste, il coûte moins cher, il protège les producteurs sénégalais et il réduit la dépendance aux importations.« Le riz importé ne garantit ni la qualité, ni la sécurité sanitaire. On ne sait pas où c’est cultivé. Nous devons consommer ce que nous produisons ! », martèle Seydina Aly, rencontré à Castors, un sac de 50 kilo de riz local sur l’épaule.

De Tilène à Castors, en passant par les maisons de Dakar, une évidence se dégage. Le riz de la vallée du fleuve Sénégal est devenu le choix numéro un des Dakarois. Entre saveurs, santé, fierté nationale et budget maîtrisé, il gagne chaque jour du terrain. La population appelle aujourd’hui l’État à investir davantage dans la production, soutenir les producteurs, assurer l’autosuffisance en riz et ainsi renforcer la politique de souveraineté alimentaire.

Car comme le résume si bien un commerçant de Tilène : « Le Sénégal n’a pas besoin d’aller loin. Le meilleur riz, il est ici, dans notre vallée ».

Mariem DIA & Lamine DIEDHIOU