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BACARY DOMINGO MANÉ, JOURNALISTE, ANALYSTE POLITIQUE, SUR LES TENSIONS AU SOMMET DE L’ÉTAT: « Diomaye poursuit une trajectoire indépendante, Sonko reste fidèle à la ligne dure de PASTEF »

Dans une intervention particulièrement animée, le journaliste et analyste politique Bacary Domingo Mané a décortiqué les tensions qui agitent aujourd’hui le sommet de l’État sénégalais, en se focalisant sur le duo Bassirou Diomaye Faye-Ousmane Sonko qui est au bord de l’implosion. Selon lui, l’opinion publique s’est presque habituée à ces querelles récurrentes, largement amplifiées par les médias, les influenceurs et les militants de PASTEF. Mais derrière cette banalisation se cache, dit-il, une divergence profonde et structurante.

Le journaliste et analyste politique Bacary Domingo Mané rappelle que le président Bassirou Diomaye Faye, bien qu’élu sous la bannière de PASTEF, a décidé, dès son accession au pouvoir, de se mettre à distance du parti afin de préserver son statut de chef de l’État. Une posture conforme au règlement interne de PASTEF, qui prévoit que le président du parti doit démissionner s’il devient chef de l’État.

Pour Bacary Domingo Mané, « le différend repose sur une différence de priorités. Diomaye Faye privilégierait la réconciliation nationale, un apaisement nécessaire, selon lui, pour stabiliser le pays. Ousmane Sonko, lui, resterait attaché à la ligne dure de rupture, promesse phare de la campagne présidentielle ».« Cette opposition de priorités crée une friction permanente, d’autant plus que les deux hommes semblent emprunter des voies différentes », analyse-t-il.

À ses yeux, « le président poursuit une trajectoire plus indépendante, tandis que Sonko demeure l’incarnation idéologique de PASTEF ».

Assumer le ticket électoral : la voie de sortie ?

L’analyste fait un parallèle avec l’Afrique du Sud post-apartheid, où le processus de vérité et de réconciliation a nécessité témoignages publics, pardon et transparence. Il suggère qu’un mécanisme similaire pourrait être salutaire pour le Sénégal, où les blessures politiques restent vives.

Comme piste de solution, Bacary Domingo Mané appelle les deux hommes à « assumer leur ticket électoral, rester fidèles au programme vendu aux Sénégalais et renouer avec une sincérité mutuelle ». « Sans ce dialogue franc, prévient-il, toute réconciliation restera artificielle ».

Il met aussi en garde contre des « alliances opportunistes » avec d’autres forces politiques, susceptibles de dénaturer la ligne originelle de PASTEF. Il décrit en effet « une cohabitation difficile, minée par des visions stratégiques divergentes et des tensions internes persistantes ».

Les conséquences d’une éventuelle rupture

Ce conflit latent et une éventuelle rupture ne sont pas sans conséquences sur le pays. Sur le plan économique, Domingo Mané décèle un programme paralysé. Selon lui, « ces querelles internes détournent le gouvernement de ses priorités. Plutôt que d’avancer sur le programme de redressement et les réformes fiscales, l’agenda public est accaparé par des luttes de pouvoir. Le Premier ministre, qui avait enclenché des mesures d’austérité et de relance, voit désormais ses initiatives ralenties, ce qui pèse sur les investissements et alourdit le climat des affaires ».

Sur le plan social, un climat de méfiance généralisée s’est installé, constate le journaliste qui estime que « le conflit nourrit la perception d’une justice à deux vitesses ». Notamment la perception que les proches de l’ancien régime bénéficieraient d’une certaine clémence, tandis que des militants de l’opposition d’alors continuent d’être poursuivis. « Cette impression d’injustice alimente la frustration chez les jeunes et chez une partie des militants de PASTEF, qui dénoncent un ‘recyclage’ d’anciennes figures au détriment de la révolution annoncée », relève-t-il.

« Le pays risque de s’enliser dans une crise politique durable »Sur le plan diplomatique, il pointe une « image écornée » du Sénégal. L’instabilité politique « fait du bruit » au-delà des frontières. « Des partenaires africains, traditionnellement admiratifs de la stabilité sénégalaise, s’inquiètent de ces divisions internes. La crainte de tensions politiques ou de manifestations pourrait refroidir les coopérations et les investissements étrangers, surtout si le pays semble s’éloigner de sa trajectoire de rupture », analyse Bacary Domingo Mané.

Pour lui, « l’impasse actuelle dépasse la rivalité personnelle entre Sonko et Diomaye. Elle fragilise le redressement économique, alimente les tensions sociales et affaiblit la position diplomatique du Sénégal ».

Pour sortir de cette crise exige un dialogue franc, il prône « une justice impartiale, un retour aux priorités du programme initial et une transparence totale entre les deux hommes ». « Sans cela, prévient-il, le pays risque de s’enliser dans une crise politique durable ».

Abdoulaye DIAO