NOUVELLE TENDANCE DE LA GENTE FÉMININE,« Mireille » et « Sous le soleil » : le retour triomphal des tresses africaines au Sénégal
Sous l’impulsion des réseaux sociaux et d’artistes comme Mia Guissé, les tresses africaines refont surface dans les salons de Dakar. Entre tradition et modernité, ce retour en force célèbre la beauté naturelle et la fierté afro des femmes sénégalaises.
Longtemps reléguées au second plan, les tresses africaines refont aujourd’hui surface avec éclat dans les salons de coiffure sénégalais. Autrefois symboles d’identité et de statut, elles renaissent sous de nouveaux codes, entre tradition et modernité.
À Dakar comme dans ses banlieues, la mode des « Mireille » ou « Sous le soleil », agrémentées de perles colorées, fait fureur. Les instituts de beauté ne désemplissent plus. Reportage à FaalQueen, temple capillaire de Keur Mbaye Fall, dans la banlieue dakaroise.Une effervescence capillaire à DakarIl est 11 h 37, ce dimanche 19 octobre. À l’institut de beauté FaalQueen, sis à Keur Mbaye Fall, l’ambiance est électrique. L’air est parfumé, les étagères débordent de perruques de toutes couleurs. Dans la salle principale, les apprenties coiffeuses – les jumelles Awa et Adama, Mariama, Mamy Kanté – s’activent autour des clientes.Quelques minutes plus tard, Fatou Touré Mme Thiam, la propriétaire, descend avec grâce de l’étage, vêtue d’un ensemble bleu ciel. Elle salue chaleureusement ses clientes avant de leur souhaiter la bienvenue.
« Je veux des tresses, il fait chaud ! », lance une jeune femme au teint clair, déclenchant des rires complices. « Ah oui, les tresses sont devenues tendance, surtout depuis que Mia Guissé les a remises à la mode. Avec ses perles multicolores, c’est à la fois chic et authentique ! », confie Fatou, tout sourire.
La séance commence. Deux heures de tressage minutieux, de papotages et d’échanges sur la beauté « afro » qui refait surface.
Une coiffure, une mémoire
Bien avant que la modernité n’impose greffages et cheveux lissés, les coiffures tressées, cornrows, nattes collées, box braids, ou encore « Senegalese twists », étaient un langage. Elles traduisaient l’appartenance à une ethnie, un âge, un rang social, ou même un événement de vie.Au Sénégal, chaque communauté possédait ses propres codes.
Ces motifs, véritables cartes d’identité capillaires, racontaient une histoire avant même qu’un mot ne soit prononcé. Mais la mondialisation et les standards de beauté importés ont peu à peu effacé ces marqueurs culturels. Jusqu’à aujourd’hui.
Un retour aux sources et à la fierté afro
Pourquoi cet engouement soudain pour les tresses africaines ? Les raisons sont multiples. D’abord, un retour à l’identité et à la fierté afro, dans un contexte mondial où les cheveux naturels et les coiffures traditionnelles sont célébrés. Les tresses, au-delà de l’esthétique, deviennent un acte militant : une affirmation de soi et de son héritage.Ensuite, elles allient beauté et praticité : résistantes à la chaleur, protectrices pour les cheveux crépus, et surtout durables.
Les réseaux sociaux jouent aussi un rôle majeur. Sur TikTok et Instagram, les vidéos de coiffures africaines, agrémentées de perles, fils dorés ou mèches colorées, se multiplient, inspirant des milliers de jeunes femmes. À Dakar, les salons rivalisent de créativité. On y marie les influences modernes aux traditions séculaires, on tresse, on invente, on ose.
Les styles phares du moment
Les box braids longues tiennent le haut du pavé : de grosses nattes épaisses, souvent prolongées par des extensions. Les cornrows à motifs géométriques ou diagonaux offrent un rendu structuré, plaqué et élégant. Les accessoires font toute la différence : perles colorées, fils métalliques, bijoux capillaires ou mèches bicolores… Chaque tête devient une œuvre d’art.
« J’ai fait mes tresses pour avoir un style propre et pratique. Et puis, j’aime ce que ça dit de moi. Je suis fière de mes racines. Les Américaines et les Européennes adorent nos tresses ! Nous devons, nous aussi, les assumer », témoigne Astou, une cliente venue se faire tresser, le sourire aux lèvres.
La parole aux professionnelles
Derrière ses ciseaux et ses peignes, Fatou Touré observe la transformation. « Avant, les clientes demandaient surtout des défrisages. Maintenant, elles réclament des tresses africaines. On parle motifs, accessoires, entretien… C’est devenu un vrai art ! », confie la coiffeuse.Son institut emploie une dizaine de jeunes femmes, formées aux techniques ancestrales revisitées. « C’est un travail minutieux, mais gratifiant. Les tresses, c’est notre héritage. Et aujourd’hui, c’est aussi notre gagne-pain », glisse-t-elle fièrement à ses élèves.
Tradition, créativité et économie locale
Le renouveau des tresses africaines dépasse la simple effet de mode. Des tresses « Mireille » à « Sous le soleil », c’est un phénomène culturel, économique et identitaire qui s’est empare des jeunes filles et femmes Sénégalaises depuis quelques semaines.Le phénomène est culturel, parce qu’il réaffirme la beauté noire et la richesse des traditions sénégalaises. Il est aussi économique, car il dynamise tout un secteur.
Des salons, aux coiffeuses, en passant par les fournisseurs d’extensions et d’accessoires, chacun y gagne. Il est identitaire enfin, parce qu’il incarne une génération qui assume sa double appartenance : enracinée et moderne.
Une renaissance capillaire et symbolique
Dans les rues de Dakar, sur les plages, dans les transports, les universités, les écoles ou les marchés… les tresses racontent à nouveau une histoire. Celle d’un peuple fier de ses origines, prêt à revisiter son patrimoine.Le retour des tresses africaines au Sénégal n’est pas qu’un phénomène esthétique.
C’est une réappropriation culturelle, un mouvement de fierté et un pont entre passé et présent. Sous le soleil brûlant de Dakar, chaque tresse, chaque perle, chaque motif semble murmurer : « Nous sommes belles, fortes, et fières d’être nous ».
Adama AIDARA

