LA CHRONIQUE DE MLD: Le Sénégal n’a pas les moyens d’une crise institutionnelle.Par Mamadou Lamine DIATTA
« Dans la vie politique, on ne se fait pas, on ne se crée pas de véritables amitiés. On a quelques bons compagnons »
François Mitterand
Ce pays qui nous mobilise au quotidien peut-il se payer le luxe d’une crise institutionnelle fût-elle passagère au moment où les signaux envoyés à l’international par les marchés financiers sont loin d’être rassurants ? Non assurément ! Et pourtant, nous constatons les signes cliniques d’une situation ubuesque et désastreuse mettant aux prises un Président de la République qui tient visiblement à reprendre l’initiative pour affirmer hic et nunc son autorité à un Premier ministre XXL auréolé d’une popularité rarement constatée dans l’histoire politique du Sénégal.
Ce qui reste cocasse, c’est que si Diomaye et Sonko entament le chant guerrier de la castagne, cela enchante clairement ces nombreux rentiers de la crise, tapis dans l’ombre et avides de sang tels des vampires à l’affût et en état d’alerte permanent, prêts à porter l’estocade. C’est triste pour des compatriotes qui affirment haut et fort qu’ils ont le Sénégal dans les veines !
Pour l’intérêt supérieur de la nation, les deux protagonistes doivent surtout travailler au quotidien dans une perspective éminemment républicaine.
Nous n’avons pas besoin d’une crise après celle de Senghor vs Mamadou Dia ou encore Abdou Diouf vs les caciques du PS. Sans oublier les épisodes malheureux Wade vs Idrissa Seck, Wade vs Macky Sall et tutti quanti…
Autrement dit, rien de nouveau sous le soleil si d’aventure ces deux hautes personnalités en arrivent à se séparer. Ce ne sera jamais la fin du monde. Ce sera justement leur problème à eux.
Ce qui ajoute à la détresse ambiante, c’est le contexte lourd de danger de cette confrontation pour le moment à fleurets mouchetés.
Cette danse des ombres entamée par deux camps antagoniques qui se dessinent au cœur de la République concerne au premier chef un pays pauvre endetté quasiment en défaut de paiement avec un service abyssal de la dette. Pire, les sherpas du ministère des finances éprouvent actuellement d’énormes difficultés en usant constamment de ruses de sioux pour payer les salaires des fonctionnaires.
Pendant ce temps, le FMI renvoie aux calendes grecques la signature d’un hypothétique programme. C’est pratiquement la berezina !
Dans ce pays, les préoccupations existentielles sont plutôt liées à l’accès aux denrées de consommation courante ( riz, huile, sucre…) à l’emploi, l’énergie ( coût prohibitif du Woyofal) à l’accès au logement…
Le temps des concessions
L’absence de Sonko à la dernière séance du conseil des ministres ajoute à la confusion.
Le burlesque dans cette histoire, c’est que le tandem Diomaye / Sonko est visiblement pris entre deux feux incandescents.
Les deux « frères » semblent englués dans la nasse de deux dames expérimentées, sortes de dinosaures de la politique politicienne : Mimi Touré et Aida Mbodj en l’occurrence. C’est tragique de voir deux jeunes Leaders sur qui compte énormément ce pays se morfondre pour se perdre dans les méandres et autres manipulations de deux vieilles figures politiques qui n’incarnent point l’avenir immédiat de cette jeune nation.
Ils n’ont pas le droit. Les enjeux sont autrement plus importants.
Sonko- le volcan et Diomaye l’introverti s’adonnent donc à un véritable jeu d’échecs…Or, le temps est précieux dans un pays où les 18 millions d’habitants peinent généralement à joindre les deux bouts. C’est cela l’urgence signalée : il faut libérer les énergies, travailler à instaurer un effet de ruissellement en dynamisant la production nationale et en apportant un soutien significatif aux acteurs économiques notamment au sous-secteur du BTP et aux braves concitoyens du secteur informel.
Il est vrai que Diomaye détient la puissance du décret transformationnel et Sonko a la popularité avec lui. Ils sont complémentaires.
Certes pour le Président, le devoir d’ingratitude est intimement lié à l’exercice du pouvoir mais dans le cas d’espèce, cela peut naturellement mettre le pays sous haute tension.
Surtout que Sonko est perçu comme l’actionnaire majoritaire de ce que le peuple Pastef appelle trivialement le Projet.
Le problème, c’est qu’il semble que Diomaye adopte depuis quelques jours une posture de radicalisation qui ne lui ressemble pas lui l’homme calme et débonnaire à la limite. Ses proches estiment d’ailleurs qu’il ne doit rien à Sonko puisqu’il ne serait pas le choix initial du Boss de Pastef.
Peu importe. Cela reste la cuisine interne de l’actuel parti au pouvoir. Ce n’est pas le problème du Sénégalais lambda qui avait subtilement voté pour un ticket comme cela se passe aux États-Unis.
Et puis, à notre humble avis, un choix reste un choix et il ne faut jamais minimiser les sacrifices consentis par le Premier ministre- Boss du Pastef pour en arriver là.
Mieux, jusqu’à preuve du contraire le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a été installé au pouvoir par la machine dite coalition Diomaye Président tractée de main de maître par un certain Ousmane Sonko. C’est factuel !
À l’analyse, il faut constater que Sonko est combattu par ce Deep state ( État- profond) qui a fini d’encercler le Président de la République. Voilà le film qui est en train de se dérouler sous nos yeux.
Si Diomaye chasse le Président de Pastef de la primature, il mettra le pays sens dessus- dessous.
En revanche, si Sonko quitte avec fracas la Primature et par ricochet le giron présidentiel, l’État- Diomaye ne lui fera aucun cadeau. On pourrait même lui fourguer des ennuis judiciaires en lui collant un motif vite fait.
C’est un schéma classique toutes choses étant égales par ailleurs.
Il ne faut pas se méprendre. l’État reste une puissante machine capable de tout broyer sur son passage.
L’un dans l’autre, dans ces moments d’incertitude, les principaux concernés sont plutôt attendus dans le registre de la sérénité.
Jusque-là, la réaction de Sonko est assez responsable . Pas d’émotion. Il garde apparemment son sang- froid. Il a dû apprendre la leçon : Rester positif dans une situation ́jugée négative.
Il faut d’ailleurs savoir que Diomaye et Sonko sont condamnés à cheminer ensemble au regard des circonstances de leur arrivée mouvementée au pouvoir. Ces deux dirigeants ne s’appartiennent plus d’autant qu’ils sont en mission. L’Afrique et le monde entier scrutent leurs moindres faits et gestes surtout qu’ils incarnent l’espoir d’une jeunesse consciente des enjeux vitaux de cohésion pour le progrès collectif.
De ce point de vue, chacun d’entre eux devrait s’oublier afin de consentir à faire des concessions à même de donner un souffle nouveau à ce compagnonnage institutionnel inédit.
Le duo Medvedev/Poutine est l’un des rares binômes ayant reussi une entente, une cohabitation et une alternance pacifique au pouvoir.
Un challenge pour ce tandem sénégalais au pouvoir.
In fine, si Diomaye et Sonko commettent la bourde monumentale de se séparer, ce ne sera pas la fin du monde mais ils seront jetés dans les poubelles de l’Histoire.
Personne n’y gagnera même si le peuple sénégalais déjà désemparé et mal en point le paiera au prix fort.
Le Sénégal sortira d’un éventuel duel fratricide en pièces détachées.
À bon entendeur…

