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ACCUSATIONS DE DÉTOURNEMENT FONCIER: Lazare Thiaw, maire Pambal, arrêté par le Pool judiciaire financier

Soupçonné d’avoir retenu plus de 120 millions FCFA destinés aux propriétaires terriens, le maire de Pambal a été interpellé, ce jeudi, et conduit devant le parquet du Pool judiciaire financier (PJF) de Dakar. L’affaire tourne autour de l’extraction de latérite destinée au chantier de l’autoroute Dakar-Saint-Louis.

Le chantier de prolongement de l’autoroute Dakar-Saint-Louis, lancé en 2023, nécessitait d’importantes quantités de latérite. Plusieurs entreprises, dont Arezki et CSE, s’étaient alors tournées vers la zone de Tivaouane, réputée pour la qualité de ses sols.

C’est dans ce cadre qu’elles se sont rapprochées du maire de Pambal, Lazare Thiaw, afin d’obtenir l’autorisation d’exploiter certaines parcelles et d’engager les démarches auprès des populations.Mais, renseigne le site Keweulo, se référant aux premiers éléments de l’enquête, l’édile aurait profité de cette opportunité pour mettre en place un système de surfacturation et de rétention de fonds destinés aux propriétaires terriens.

Une manipulation présumée du prix des hectares

D’après les témoignages recueillis par les enquêteurs, le maire de Pambal aurait initialement négocié la cession des terres au prix de 4 millions FCFA l’hectare avec les entreprises. Après paiement, il serait ensuite revenu vers les propriétaires terriens en leur affirmant que « l’État » ne pouvait offrir que 3 millions FCFA l’hectare, un argument que l’administration locale dément formellement.

Selon le collectif des villageois lésés, le sous-préfet et les autorités administratives n’étaient ni informés ni associés à cette opération, menée directement entre le maire, les entreprises et les populations.Les faits reprochés portent notamment sur 70 millions FCFA reçus en 2023, censés être redistribués aux propriétaires et 30 millions FCFA supplémentaires versés en 2024 par les mêmes entreprises.

Ce qui fait, au total, 120 millions FCFA destinés aux ayants droit, mais dont une grande partie n’aurait jamais été reversée.Des cas individuels illustrent l’ampleur du préjudice. Par exemple, le propriétaire Mansour Mbaye, dont 4 hectares ont été exploités sous l’appellation « Samba Mbaye », s’attendait à toucher 12 millions FCFA, qu’il assure n’avoir jamais reçus. Les villages concernés sont Dougnane, Mbeuciane et Mbaréglou-Ogo, dans l’arrondissement de Pambal.

Une enquête déclenchée après une dénonciation anonyme

Le Pool judiciaire financier a été saisi à la suite d’une dénonciation anonyme. Il a immédiatement chargé la brigade de recherches de Thiès de faire la lumière sur les transactions. Les auditions se sont déroulées dans l’ordre suivant. D‘abord, le responsable de GCE, entreprise engagée sur le chantier. Ensuite, les chefs des trois villages concernés. Puis, les propriétaires terriens.

Et enfin, le maire Lazare Thiaw qui, confronté aux déclarations concordantes des autres acteurs, aurait eu des difficultés à justifier les écarts entre les montants perçus et ceux reversés.Ce jeudi matin, les gendarmes de la brigade de recherches de Thiès se sont présentés à Pambal pour interpeller le maire.

L’enseignant en philosophie, élu en 2023 sous la bannière du PUR avant de rallier l’APR, a été conduit au parquet du Pool judiciaire financier de Dakar. Selon ses proches, « le maire est vu reprocher d’avoir géré une opération d’extraction sans que les autorités administratives, notamment le sous-préfet, n’en aient été informées ». Une défense qui ne dissipe pas les soupçons de détournement et de fraude foncière.

Le Pool judiciaire financier devrait désormais déterminer les responsabilités pénales du maire, établir les flux financiers exacts entre l’édile et les entreprises, évaluer les montants à restituer aux propriétaires lésés et envisager d’éventuelles poursuites pour détournement, escroquerie foncière et faux et usage de faux. L’affaire continue de susciter une vive indignation dans les villages concernés, où beaucoup dénoncent une « trahison » de leur élu.

Mariem DIA