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CHERTÉ DES DENRÉES DE PREMIÈRE NÉCESSITÉ,Les sénégalais à l’épreuve du panier de la ménagère : Entre inquiétude des clients et désarroi des vendeurs

La vie devient de plus en plus chère pour les Sénégalais. Dans plusieurs marchés de Dakar, les prix des légumes et des denrées de première nécessité flambent, plongeant à la fois les ménagères et les petits commerçants dans la détresse. Une situation qui alarme autant qu’elle inquiète. L’Informé a fait le tour de quelques centres commerciaux, notamment à Gueule-Tapé et au marché Castors, pour prendre le pouls d’une population partagée entre résignation et colère.

À Gueule Tapé, la morosité s’installe. Dans ce marché habituellement bouillonnant, l’ambiance est terne. Peu de mouvements, peu d’échanges. Samba Bathé, vendeur d’oignons et de pommes de terre, tente malgré tout de rester optimiste. « La fluidité des clients est moyenne, mais je rends grâce à Dieu. Chaque jour, je parviens à écouler mon stock », confie-t-il, avant de nuancer : « Si le kilo d’oignon local et celui importé ne diffèrent que de 50 ou 100 francs, ce n’est pas encore dramatique. Mais tout augmente petit à petit ».

À quelques mètres de là, Fallou Dièye, petit commerçant originaire de Tivaouane, fait le même constat amer. « Quand je suis arrivé à Dakar il y a cinq ans, je vivais bien de mon petit commerce. Aujourd’hui, les marges ont fondu. Même mes clients habituels se plaignent. Les prix changent tout le temps », explique-t-il, entouré de ses produits : ail, piment, laurier, poivre, feuilles diverses.

Fallou estime que la cause principale se trouve « au niveau des fournisseurs ». « Ce sont eux qui fixent les prix à la hausse. Par exemple, le kilo de carotte me revient à 2 000 francs ! Nous, les vendeurs, on est accusés à tort alors qu’on subit aussi la cherté », confie-t-il.

Des ménagères à bout de souffle

Les clientes ne cachent pas leur désarroi. Madame Mbaye, rencontrée les bras chargés de petits sachets, laisse éclater son amertume. « Avant, avec 5 000 francs, je faisais tout mon marché. Aujourd’hui, même avec 10 000, je n’y arrive plus ! », se desole-t-elle.

Elle poursuit d’un ton las : « Ce marché, c’était celui des bonnes affaires, du ‘ndibeul njabotte’. Maintenant, c’est le plus cher de Dakar. Beaucoup de familles souffrent, car les salaires n’augmentent pas alors que tout le reste grimpe ».Dans une boutique voisine, Mme Diop vient d’avoir un choc au moment de régler ses courses.

« J’avais prévu 30 000 francs pour faire le marché aujourd’hui. Je pensais même avoir de la monnaie… Finalement, il me reste à peine 1 000 francs ! Les prix montent sans explication », s’étonne-t-elle, secouant la tête.

Les commerçants, eux aussi étranglés

Même les boutiquiers tirent la sonnette d’alarme.Mame Abdou Cissé, vendeur à Gueule Tapé, confie : « Les prix changent chaque semaine. Aujourd’hui, le sac de sucre coûte 29 000 francs ! Comment voulez-vous qu’on le revende à un prix raisonnable ? Je préfère ne pas en stocker pour éviter les pertes ».

Il pointe un problème plus large. « Nous entendons parler de souveraineté alimentaire, mais sur le terrain, rien ne change. Les commerçants comme les clients sont laissés à eux-mêmes », dit-il.À Castors, quelques baisses… mais un poisson introuvableDirection le marché Castors. Ici, l’ambiance semble un peu plus détendue. Certains produits affichent même une légère baisse.

Un vendeur de choux et de carottes raconte : « Il y a des hauts et des bas. Le kilo de carotte, qui coûtait 1 000 francs, est redescendu à 600 ou 700 francs. Les prix bougent tous les jours ».Les légumes importés dominent les étals, plus accessibles que les produits locaux. Le chou sénégalais, par exemple, se vend actuellement autour de 15 000 à 17 000 francs le sac, contre 20 000 auparavant.Mais du côté des produits de mer, c’est une autre histoire.

Le poisson devient rare et cher. Une vendeuse, l’air découragé, explique : « Il n’y a presque plus de poisson. Le ‘guiss’, qui n’était pas cher, a augmenté. Je vends le petit rouget entre 1 000 et 2 000 francs le tas ».Une autre, vendeuse de citrons venus de Casamance, souligne que son produit aussi subit les fluctuations. « Avant, c’était 250 francs le kilo. Maintenant, c’est 400 francs. Tout grimpe, même les petites choses ! », lâche-t-elle.

Un quotidien de plus en plus insoutenable

Au fil des témoignages, une même angoisse se dessine : celle d’un pouvoir d’achat en chute libre. Les familles s’adaptent, les vendeurs improvisent, mais tous redoutent le lendemain. Les autorités prônent la souveraineté alimentaire, mais sur le terrain, la réalité est plus crue : les marchés restent à la merci des fluctuations, des intermédiaires et des importations coûteuses.

« Que les dirigeants nous écoutent !, lance Babacar, un commerçant, la voix teintée d’espoir. Le Sénégal est un pays de production, mais nos marchés ne le reflètent plus. Tant que les producteurs ne seront pas soutenus, la vie chère continuera de nous étouffer ».

Les prix des produits de base (riz, sucre, légumes) varient fortement selon les marchés. Cependant, clients et vendeurs s’accordent sur un fait : la vie chère est devenue leur quotidien.

Mariem DIA &Mame Ndella FAYE