LA CHRONIQUE DE MLD: Le business des Dipas va tuer l’industrie.Par Mamadou Lamine DIATTA
Les Dipas vous connaissez ? Ce sont les fameuses déclarations d’importation provisoire de produits alimentaires) délivrées en veux-tu en voilà à un cercle restreint de commerçants –importateurs par le ministère du commerce officiellement pour « garantir l’approvisionnement correct du marché et la stabilité des prix ». De la diversion pure et dure de la part des responsables de ce ministère stratégique qui peinent à comprendre pour mettre en œuvre les stratégies de protection des filières sucre, riz, oignon, pomme de terre etc.
Faudrait-il le rappeler, c’est la filière sucrière qui est la plus touchée par ce cancer des DIPAS. Le problème, c’est qu’avec la distribution sauvage et incontrôlée de ces documents, le Sénégal risque d’être ravalé à un rang dégradant de souk à ciel ouvert à l’image de la Gambie voisine qui a clairement pris l’option de ne pas s’industrialiser. Il faut savoir ce que l’on veut dans un lourd contexte de désindustrialisation avancée.
Il est évident qu’il faut plutôt protéger l’industrie locale ; la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) dans le cas d’espèce et les entreprises en général. L’idée, c’est que la délivrance de ces Dipas ne profite qu’à des commerçants-affairistes triés sur le volet avec la complicité de l’administration du commerce alors que les industries emploient des milliers de concitoyens en étant à jour de leurs devoirs fiscaux.
Tenez, la valeur marchande des dernières Dipas distribuées sur le sucre en dit long sur le caractère purement lucratif de ce business : 33 milliards de fr cfa avec la génération d’un bénéfice de plus d’un milliard au profit exclusif d’un cercle restreint de grands commerçants de la place. Résultat, 150 000 tonnes de sucre importé ont inondé le marché entre juillet et octobre 2025 au moment où le géant de Richard-Toll n’écoule pas son produit en s’endettant lourdement pour maintenir l’activité.
L’Etat-stratège et régulateur devrait donc jouer le rôle qu’on attend de lui. Dans un pays importateur net de produits alimentaires, l’urgence est clairement identifiée : Protéger la souveraineté alimentaire du pays en permettant à la CSS, fleuron industriel du pays de ne pas s’enliser dans ce cycle d’endettement massif dans lequel la prolifération des Dipas est en train de la plonger. Il s’agit notamment de sauver 8000 emplois et une masse salariale mensuelle de 3 milliards cfa d’autant que ces importations massives ont rendu le produit de l’industriel invendable depuis juillet 2025 . La côte d’alerte est largement atteinte et il faut préserver les rares industries locales du Sénégal au moment où on assiste depuis plusieurs années à un démantèlement systématique de secteur secondaire.
L’industrie reste un domaine ardu .Il faut être un véritable passionné comme Jean Claude Mimran et compagnie pour y mettre ses billes et faire preuve de résilience si l’on veut faire de vieux os dans ce secteur à problèmes. En ligne de mire, l’industriel pense souvent à ces milliers de chefs de famille à protéger d’autant que dans un pays en développement, les fermetures massives d’entreprises représentent un désastre voire le chaos au regard des innombrables drames sociaux qu’elles charrient.
Par ailleurs, la filière –riz est également touchée avec pas moins de 230 000 tonnes en souffrance à cause de la féroce concurrence du riz asiatique.
En principe, on ne peut même pas parler de dilemme cornélien pour un Etat qui a pour mission centrale de réguler le cadre de la création et la préservation d’emplois massifs au lieu de privilégier une caste d’importateurs à l’impact quasiment nul pour l’économie nationale.

