DÉTENTIONS DE FARBA NGOM, MOUSTAPHA DIOP ET COMPAGNIE: L’ancien expert de l’ONU Mads Andenæs enquête sur la politisation de la justice sénégalaise
Le collectif d’avocats Takku du barreau de Dakar et le cabinet parisien Vey & Associés ont tenu, ce mercredi 5 novembre, à Dakar, une conférence de presse conjointe pour dénoncer les conditions de détention de plusieurs anciens responsables politiques, dont Farba Ngom et Moustapha Diop. La rencontre a été marquée par la présence du professeur Mads Andenæs, ancien membre du Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations unies (2009-2015).
Aux côtés de Me Antoine Mbengue, représentant le collectif d’avocats sénégalais, Me Antoine Vey, du barreau de Paris, a pris la parole pour justifier cette initiative conjointe. « Nous avons souhaité, après une première visite et une première conférence que nous avions tenues au Sénégal il y a quelques mois, montrer à l’opinion internationale une expertise indépendante sur la situation des personnes mises en cause au Sénégal, et notamment celle de deux personnes actuellement détenues : Farba Ngom, que nous avons rencontré il y a quelques minutes en prison, et Moustapha Diop, que nous rencontrerons demain », a-t-il déclaré.
Les avocats affirment vouloir « informer l’opinion internationale » sur la situation de leurs clients, rappelant que plusieurs demandes de mise en liberté ont été rejetées par la justice sénégalaise. Ils pointent du doigt une procédure « entachée d’irrégularités » et une atteinte à la présomption d’innocence.
Un état de santé jugé incompatible avec la détention
Le professeur Mads Andenæs, venu à Dakar pour une mission d’évaluation indépendante, a fait part de ses premières observations.« Nous avons une personne que nous avons vue en détention qui a fait l’objet d’expertises médicales collégiales ordonnées par les juges, et ces expertises collégiales ont toutes conclu à l’incompatibilité de son état de santé avec une mesure de détention.
Farba Ngom a été transféré d’une prison vers un autre centre de détention que nous avons visité et dans lequel nous avons pu constater, d’ores et déjà qu’il ne bénéficie absolument pas des soins médicaux dont il aurait besoin », a-t-il expliqué. L’expert norvégien insiste : son rôle n’est pas d’accuser le Sénégal, mais de « constater les choses de manière objective afin d’en dresser une expertise indépendante ».
Cette mission, précise-t-il, se déroulera en plusieurs étapes, dont la première consiste à identifier les « indices manifestes de judiciarisation de la vie politique, voire d’instrumentalisation de l’appareil judiciaire à des fins politiques ».
Trois points d’alerte soulevés
Selon le professeur Andenæs, cette tendance se manifeste par la mise en cause évidente d’anciennes personnalités du pouvoir, la judiciarisation des situations de journalistes, leaders d’opinion et influenceurs et la judiciarisation des manifestants.Cette mission indépendante devrait donner lieu à un rapport d’évaluation international, qui sera transmis « aux instances compétentes des Nations unies et de la communauté internationale ».
Le collectif d’avocats espère que ce document contribuera à raviver le débat sur l’indépendance de la justice sénégalaise et le respect des droits fondamentaux dans le traitement des affaires à connotation politique.
Mariem DIA

