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« LA FABRIQUE DES MOTS »: L’IFS mise sur l’épanouissement et la professionnalisation des jeunes écrivains

Quatorze jeunes auteurs en herbe forment la première cohorte d’un ambitieux programme lancé par l’Institut français du Sénégal (IFS). Intitulée « La Fabrique des Mots », cette initiative inédite vise à favoriser l’épanouissement et la professionnalisation des jeunes écrivains à travers un accompagnement sur mesure, allant de trois à douze mois d’incubation.

Pensée comme un véritable incubateur littéraire, « La Fabrique des Mots » s’adresse aux jeunes de 18 à 30 ans, passionnés d’écriture et désireux de faire émerger leur voix dans le paysage culturel sénégalais et africain. L’objectif, c’est de les aider à structurer, finaliser et publier leurs œuvres grâce à un cadre professionnel et stimulant.

La cérémonie de lancement, organisée dans une ambiance festive et poétique, vendredi soir, a séduit un public d’amoureux du livre et de la lecture. Quatorze jeunes auteurs venus du Sénégal, de Guinée et du Congo ont été sélectionnés pour cette première édition. Après trois mois d’incubation, seuls dix lauréats poursuivront le programme pendant neuf mois supplémentaires.Parmi les jeunes retenus figurent notamment Ababacar Khouma, étudiant en agrobusiness à l’Institut supérieur de management et ancien enfant de troupe, Fata Wassel Ngom, étudiante en art dramatique à l’Université Gaston-Berger, Mame Diarra Fall, spécialiste du droit public, ainsi que Mamadou Adama Barry, Abdoulaye Kane, Yann Christopher Memba et Mohamed Marem Seck, étudiants en droit.Selon Nogaye Diop, responsable du pôle Idées et Savoirs de l’IFS et coordinatrice du projet, cette initiative, menée en partenariat avec la Direction du Livre et de la Lecture, a pour vocation de « structurer et professionnaliser les jeunes auteurs et autrices afin de faire éclore une nouvelle génération d’écrivains africains ».

Les mots comme levier de créativité et de transformation

Dans son allocution, Laurent Viguié, directeur de l’Institut français du Sénégal, a insisté sur l’importance de soutenir les filières créatives, au-delà des innovations numériques. « Dans le monde de 2025-2026, on parle beaucoup de réalité virtuelle et d’intelligence artificielle, mais les filières créatives reposent aussi sur le bon vieux papier, l’encre et l’imaginaire », a-t-il souligné.

Il a ajouté que « La Fabrique des Mots » se veut un espace de rencontre, de réflexion et d’audace, où les jeunes écrivains pourront acquérir des outils concrets pour comprendre le monde de l’édition, les droits d’auteur et la révision de textes. « Ce programme offre un lieu de maturation et d’éclosion du talent, pour donner à ces jeunes la force d’oser avec leur génie », a-t-il conclu.

Le jury, composé de professionnels, tels que le journaliste culturel Babacar Korjo Ndiaye, directeur de la plateforme Sénégal Njaay, et Souleymane Guèye, a salué l’excellence et la diversité des projets présentés. « Ces jeunes ont démontré une véritable maîtrise de la plume et présenté des textes prometteurs. Certains nécessitent encore un accompagnement technique, mais c’est un investissement stratégique pour l’avenir de la littérature africaine », ont-ils déclaré, espérant voir émerger de véritables carrières littéraires à portée internationale.

Entre poésie, slam et hommagePour clore cette première session, les participants ont assisté à un atelier dirigé par le poète et slameur camerounais Marc Alexandre Oho Bambe, alias Capitaine Alexandre. La soirée s’est achevée sur un spectacle poétique rendu en hommage à Jacqueline Scott Lemoine, grande figure du théâtre sénégalais disparue en 2011.Sous le baobab symbolique, dans une atmosphère tamisée et intimiste, le public, assis sur des nattes et des coussins, a savouré un moment de pure émotion.

En guise de clôture, le slameur Ceptik, guitare en bandoulière, a envoûté l’assistance avec ses textes vibrants, rappelant l’esprit des « Vendredis du slam », initiés en 2009 par le collectif éponyme.En lançant « La Fabrique des Mots », l’Institut français du Sénégal confirme son rôle de catalyseur culturel et de pépinière de talents. L’écriture devient ici plus qu’un art, un moyen d’expression, de liberté et d’avenir pour une jeunesse qui manie les mots comme on forge un destin.

Adama AIDARA