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CONTROVERSE AUTOUR DE LA DETTE CACHÉE: En attendant le prétoire, le pool d’avocats de Macky Sall engage le combat de la clarification

Les avocats de l’ancien président sénégalais, Macky Sall, ont organisé, hier, une conférence de presse au siège de l’Alliance pour la République (APR), afin de répondre aux accusations de « dette cachée » portées contre leur client. Selon eux, ces allégations reposent sur des « rapports délibérément occultés » et sur « des informations non vérifiées ».

Le bras de fer entre l’ancien et le nouveau régime s’intensifie autour de cette affaire dite de « dette cachée ». Après la confirmation de son existence par la Directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, lors des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, le parti Pastef et ses alliés accentuent la pression sur l’ancien chef de l’État.

Mais la riposte du camp de Macky Sall ne s’est pas fait attendre. À travers leur conférence de presse, le pool d’avocats du chef de file de l’APR a rejeté en bloc ces accusations, dénonçant « une manipulation politique » et une « lecture biaisée » de la situation financière du pays.

Des « rapports cachés » plutôt qu’une « dette cachée »

Les avocats ont insisté sur le fait que plusieurs documents essentiels n’ont pas été rendus publics, notamment le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF), celui de la Cour des comptes et le rapport du cabinet Mazars.

« Notre rôle aujourd’hui, c’est d’éclairer les Sénégalais, le public national et international, sur ce qui a été fait et sur le fondement de notre démarche », a déclaré Me Amadou Sall.Bien qu’aucune procédure pénale ne soit, pour le moment, engagée contre l’ancien président – qui a dirigé le Sénégal de 2012 à 2024 -, ses avocats affirment engager « le combat de la clarification ».

« La réalité, c’est qu’il y a des rapports cachés, et non une dette cachée », a martelé l’avocat du barreau de Paris, Me Olivier Sur. « Nous n’avons pas eu accès à ces rapports malgré nos demandes. Juridiquement, factuellement, comptablement, il n’existe pas de problème de dette cachée au Sénégal », a-t-il résumé.

Des zones d’ombre autour de la procédure d’audit

Les avocats ont également mis en cause la procédure d’audit de la dette publique. « Il n’y a pas eu d’appel d’offres pour le choix du cabinet d’audit », a déploré l’un d’eux, s’interrogeant : « Comment garantir l’indépendance et la transparence d’un audit conduit dans ces conditions ? ».

Ils ont en outre relevé l’ambiguïté persistante autour de la définition même de la dette publique. « Qu’est-ce que la dette publique ? Est-ce celle de l’État central, des collectivités territoriales ou des entreprises publiques ? », a questionné un avocat.Aïssata Tall Sall monte au créneauL’ancienne ministre de la Justice, Me Aïssata Tall Sall, a également dénoncé l’attitude du gouvernement actuel.

« Sur quoi le gouvernement du Sénégal s’est-il fondé, en septembre 2024, pour affirmer l’existence d’une dette cachée, sans en apporter la moindre preuve ? », a-t-elle interrogé.« Ils évoquent des rapports de l’Inspection générale des finances et de la Cour des comptes, avant de chercher un cabinet d’expertise – Mazars – pour tenter de conforter leurs allégations.

Ce n’est pas l’attitude d’un gouvernement qui détient des preuves. Je n’ai jamais vu un gouvernement parler avant d’avoir les éléments en main », a-t- martelé.

Un combat politique et juridique

Pour la présidente du groupe parlementaire Takku-Wallu, « le combat ne fait que commencer ». « Nous ne lâcherons rien. Car il est trop facile d’accuser les gens, puis d’aller chercher des preuves après coup. Nous sommes dans le vrai, et nous le resterons », a-t-elle affirmé avec détermination.Le collectif d’avocats de Macky Sall estime que les accusations de « dette cachée » sont « infondées et reposent sur des informations non vérifiées ».

Ils appellent à la mise en place d’une enquête indépendante et transparente pour faire toute la lumière sur cette affaire.« Nous sommes prêts à coopérer avec les autorités pour établir la vérité », a déclaré Me Olivier Sur.

Abdoulaye DIAO