BUDGET GÉNÉRAL ALLOUÉ À LA SANTÉ: Le Sénégal reste en deçà de l’engagement d’Abuja
Le Sénégal consacre seulement 10% de son budget national à la santé, loin des 15% prévus par la Déclaration d’Abuja. Un retard que le ministre de la Santé, Dr Ibrahima Sy, attribue au manque de financements domestiques suffisants, tout en appelant à une mobilisation accrue pour renforcer la souveraineté sanitaire du pays.
L’engagement pris par les pays africains d’allouer 15% de leur budget national à la santé n’est toujours pas respecté par le Sénégal, dont la part demeure à 10%. Le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Ibrahima Sy, souligne que la construction de systèmes de santé durables exige des ressources financières conséquentes et pérennes.
Il présidait, hier, à Dakar, la rencontre des parlementaires francophones consacrée au financement des programmes de lutte contre la tuberculose, le paludisme et le VIH/Sida.
Selon le ministre, seuls 5% des pays africains respectent encore la Déclaration d’Abuja (2001) qui fixe à 15% la part du budget national à consacrer à la santé. « Pendant que 44% des ménages africains financent eux-mêmes leurs soins, le Rwanda est à 15,8%, tandis que le Sénégal plafonne à 10% », a-t-il regretté, citant les chiffres de l’OMS (2023).Pour Dr Sy, la mise en place de systèmes de santé inclusifs, résilients et équitables passe par une mobilisation accrue des financements domestiques.
« Le financement durable est un levier essentiel pour renforcer notre souveraineté sanitaire et garantir une offre de soins de qualité à tous », a-t-il ajouté.Un appel à la mobilisation régionaleMême constat du côté de l’honorable député Khady Sarr, présidente de la Commission Santé, Population et Affaires sociales de l’Assemblée nationale.
Elle déplore que, malgré les efforts consentis par les États, la part du budget allouée à la santé reste largement en deçà de l’objectif fixé à Abuja.Dans un contexte de retrait progressif des bailleurs, la parlementaire appelle à définir, au niveau national et régional, une stratégie de financement endogène capable de renforcer durablement le plateau sanitaire africain et de mieux lutter contre les trois principales maladies infectieuses que sont le paludisme, la tuberculose et le VIH.
« Les défis restent immenses et le temps imparti pour éliminer ces maladies est court », a-t-elle averti.Dr Ibrahima Sy a salué le thème de la rencontre, qu’il juge « en parfaite adéquation avec le sursaut continental » visant à vaincre les trois fléaux majeurs qui freinent le développement socioéconomique de l’Afrique.
« Les chiffres parlent d’eux-mêmes : des milliers de décès évitables, des diagnostics tardifs, des ruptures de traitement et une dépendance persistante aux financements extérieurs. Il nous faut réinventer nos modèles, renforcer la souveraineté sanitaire et placer les besoins des populations au cœur de nos politiques », a-t-il plaidé.
Un espoir fondé sur l’engagement politiqueDe son côté, Virginie Dolama, présidente de la Commission Santé du parlement du Congo-Brazzaville, estime que le défi consiste à mieux articuler prévention, diagnostic et soins, en veillant à ce que chaque investissement contribue à bâtir des systèmes de santé plus solides et plus résilients.
Malgré les difficultés, Dr Sy se veut optimiste. « Avec l’engagement politique des autorités et l’expertise disponible, l’espoir est permis. Ensemble, nous pouvons bâtir une Afrique capable de financer ses programmes, de protéger la santé de ses populations et d’assurer sa souveraineté sanitaire. La lutte contre ces maladies n’est pas seulement une mesure de santé publique. C’est un acte de justice, d’équité et de lutte contre la pauvreté », a-t-il conclu.
Viviane DIATTA

