MALNUTRITION INFANTILE À DIOURBEL: Des ventres vides, des vies fragiles
Dans le district sanitaire de Diourbel, la malnutrition fait des ravages. Entre diarrhées chroniques, retards de croissance et détresse sociale, plus d’un millier d’enfants ont été pris en charge en 2024. Immersion dans un centre de traitement où chaque gramme repris est une victoire sur la mort.
DIOURBEL – Un vent sec balaye Diourbel, soulevant la poussière, brisant quelques branches d’arbre. Le ciel s’assombrit, une pluie fine s’abat sur les reporters en mission. Les pieds alourdis par le sable mouillé, ils rejoignent le district sanitaire régional. L’effervescence est palpable : cris d’enfants, va-et-vient d’ambulances, soignants affairés, techniciens de surface à la tâche.Au centre de traitement nutritionnel, l’ambiance tranche avec la gravité des cas pris en charge. C’est un jardin d’enfants marqué par la souffrance. Certains jouent, d’autres gémissent, trop faibles pour se tenir debout. Les plus atteints sont allongés, perfusés, sous surveillance constante.
Mohamed, 3 ans, à bout de forces
Allongé sur un lit métallique, les pieds ballants, Mohamed Ciss tente d’échanger un sourire avec un camarade. Mais la maladie le cloue au lit. À trois ans, il est atteint de malnutrition aigüe sévère, aggravée par de l’asthme. « Il vomissait, avait de la fièvre, et respirait difficilement. On l’a amené ici d’urgence », raconte sa mère, Haby Diagne, visiblement épuisée.Selon elle, tout a commencé lorsque Mohamed a été nourri à l’eau du robinet dès son troisième mois. Depuis son hospitalisation, il refuse de s’alimenter, ne réclamant que du couscous au lait, un plat inadapté à sa condition.
« Son cas était critique à l’arrivée. Il aurait fallu venir bien plus tôt, déplore Dr Ibrahima Fall, nutritionniste. Mais nous le récupérons petit à petit ».
Des mères démunies, des enfants en sursis
Juste à côté, Bamba Sow, 20 mois, erre dans la salle d’attente. Lui aussi souffre de diarrhées chroniques et de malnutrition. Sa mère, Ndeye Aw, n’a pas pu lui faire faire les examens prescrits. Elle attend un appel de son mari, émigré en Europe, pour espérer recevoir de l’argent.
« J’ai été abandonnée enceinte de trois mois. Je vis chez ma grand-mère, sans travail, sans revenu. On peut passer des jours sans manger », confie-t-elle d’une voix lasse. Faute de mieux, Bamba se nourrit uniquement de bouillie de mil offerte par des voisins.Non loin, Thiaba Sall berce sa fillette, guérie mais toujours suivie. Elle est venue pour un contrôle. La malnutrition modérée avait été un choc pour cette mère pourtant scrupuleuse.
« Je l’ai allaitée exclusivement, je préparais son alimentation avec le pédiatre. Je culpabilisais énormément. Mais grâce au traitement, elle s’en est sortie », dit-elle, soulagée.Un fléau enraciné dans la pauvreté et le manque d’hygièneAu-delà des carences alimentaires, les soignants pointent l’hygiène déficiente comme facteur aggravant. « Une mauvaise hygiène peut anéantir tous les efforts nutritionnels. Les diarrhées provoquées par l’eau insalubre ou le manque de lavage des mains accentuent la dénutrition », explique l’infirmière Ndoya Thiam.
En 2024, plus de 1000 enfants ont été traités dans le district sanitaire de Diourbel, selon le Dr Fall. « Il s’agit de cas sévères, compliqués ou non, pris en charge tout au long de l’année. Diourbel, tout comme Touba et Bambey, reste une zone à forte prévalence de malnutrition. Malgré les efforts du ministère de la Santé et de ses partenaires, le phénomène persiste », se désole-t-il.
Des stratégies ont été renforcées cette année, notamment la formation des agents, le dépistage communautaire précoce et une meilleure disponibilité des compléments nutritionnels. Mais tant que la pauvreté, l’ignorance et l’accès limité aux soins demeureront, les salles du centre de Diourbel continueront d’abriter des enfants au regard vide et au ventre creux.
Viviane DIATTA(Envoyée spéciale)

