Prisonniers palestiniens libérés: Israël «préfère traiter avec le Hamas que faire émerger un partenaire politique»
De Jérusalem à Khan Younès en passant par la ville de Gaza, ce lundi 14 octobre a été le théâtre de scènes de liesse autour des échanges d’otages israéliens et de prisonniers palestiniens. Des prisonniers aux profils bien différents qui ont notamment quitté la prison d’Ofer, en Cisjordanie occupée, et qui ont pu regagner Ramallah.
Ils étaient condamnés pour des crimes de sang, parfois à perpétuité. Tel est le profil de 250 des 1 968 prisonniers palestiniens libérés par Israël. Ces 250 constituaient l’objectif principal du Hamas dans les négociations du cessez-le-feu conduites à Charm el-Cheikh, en Égypte.
« Ces prisonniers condamnés à de lourdes peines n’auraient pas pu être libérés autrement [qu’avec un échange d’otages et de prisonniers] puisque la peine ne pouvait pas se terminer, explique Laetitia Bucaille, professeure de sociologie politique à l’Inalco. Cela dit, on peut considérer que c’est un relatif échec pour le Hamas, car les prisonniers les plus en vus, les plus célèbres, n’ont pas été libérés », poursuit l’auteure de Gaza, quel avenir ?, aux éditions Stock.
Marwan Barghouti, le point d’achoppement des négociations
Parmi ces détenus hauts gradés qui restent derrière les barreaux, Marwan Barghouti est un cas central. Ancien chef d’une branche armée du Fatah emprisonné depuis la deuxième intifada en 2002, il prône depuis des années une résolution politique au conflit. Il serait le favori à une potentielle élection présidentielle palestinienne, promise par l’actuel président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans la Déclaration de New York d’août 2025. Certains le voient comme un futur Nelson Mandela.
Les vétos répétés d’Israël de libérer Marwan Barghouti s’inscrivent dans la tradition de la droite israélienne : « Benyamin Netanyahu préfère traiter avec le Hamas que faire émerger un partenaire politique, analyse Vincent Lemire, professeur d’histoire à l’Université Paris-Est. Netanyahu ne veut pas de partenaires pour la paix, ni de partenaires tout court. Un certain nombre des prisonniers ont, au tout dernier moment, été rayés de la liste des libérables. Il s’agissait de membres du Fatah, donc plutôt modérés. Ils ont été remplacés par des membres du Hamas coupables de crimes de sang », poursuit le spécialiste du conflit israélo-palestinien.
La majorité des 1 718 autres prisonniers n’avaient rien à voir avec le Hamas
Outre ces 250 condamnés palestiniens libérés, Israël a aussi libéré 1 718 prisonniers qui étaient détenus sans charge, ni inculpation, ni jugement. Ils avaient été arrêtés à Gaza depuis le début de la guerre par Israël, préventivement pour ces échanges de prisonniers et d’otages.
« Tout indiquait que, pour la plupart, ils n’étaient pas liés au Hamas, indique Vincent Lemire. Les combattants du Hamas ont majoritairement été tués sur place. Ils étaient donc des prisonniers que l’armée israélienne avait ramassés un petit peu au hasard des opérations. Ils étaient là pour servir de monnaie d’échange. Et c’est ce qu’il s’est passé ». Des prisonniers qui pour beaucoup racontent la torture de leurs geôliers israéliens. Les Palestiniens les considèrent d’ailleurs comme des otages.

