DEFICIT DE SALLES, ABRIS PROVISOIRES, ABSENCE D’ELECTRICITE, MANQUE D’EAU…Ces défis qui gangrènent le système éducatif sénégalais
Au Sénégal, 7 033 écoles restent sans électricité, 2 256 sans points d’eau, 6 900 fonctionnent encore sous abris provisoires et le déficit global en salles de classe atteint 46 632, sans compter des infrastructures vétustes. Ces révélations ont été faites, hier, par Pape Abdou Dia, chef de division à la Direction des constructions scolaires, lors d’une session nationale de partage et d’échanges organisée par la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (COSYDEP) autour de sa campagne « NiTÉ, Sama ekol Sama yitté », pour une mobilisation citoyenne autour du renforcement des politiques éducatives.
Le système éducatif sénégalais traverse d’énormes difficultés liées aux infrastructures. Selon Pape Abdou Dia, « l’état actuel des infrastructures scolaires relève de défis majeurs qui nécessitent une intervention urgente et structurée ». Ces insuffisances compromettent, d’après le chef de division à la Direction des constructions scolaires, la qualité de l’éducation et l’égalité des chances pour tous les élèves.
LoIl rappelle : « Aujourd’hui, nous avons noté 6 900 abris provisoires en usage. On était parti en 2024 de 7 222, mais après le remplacement progressif, on a enregistré une réduction. On note un déficit de 46 632 salles et des infrastructures vétustes nécessitant une réhabilitation urgente. Pour ce qui est des services sociaux de base, 7 033 écoles restent sans électricité, 2 256 sans points d’eau et 5 862 sans clôture de sécurité ».
Le déficit en équipements pédagogiques est également criant.
« Nous avons un besoin de 320 000 tables-bancs. Le parc informatique est obsolète, la gouvernance faible et les lenteurs administratives persistent. Dans les zones rurales et périurbaines, nous constatons un sous-équipement chronique, créant une fracture éducative entre territoires et compromettant l’équité du système scolaire », dit-il.L’accessibilité universelle est, elle aussi, quasi inexistante. « Les infrastructures ne sont pas adaptées aux personnes à mobilité réduite et les équipements manquent pour les jeunes marcheurs et les jeunes filles », déplore le chef de division.
Réhabilitations et constructions prévues
Face à ce constat, Pape Abdou Dia préconise des actions coordonnées et innovantes pour révolutionner le paysage éducatif. Ces interventions reposeraient sur trois piliers : construction, réhabilitation et modernisation.S’agissant du remplacement des abris provisoires, il rappelle que le programme en prévoit 7 200 d’ici à 2030, qui seront remplacés par des structures durables et adaptées aux standards pédagogiques modernes. Entre 2025 et 2030, les nouvelles constructions devraient intégrer des prototypes bioclimatiques et modulaires, avec les dernières innovations en matière d’architecture scolaire durable.
Il informe également que « pour l’horizon 2025, la finalisation de l’état des lieux exécutifs est prévue, ainsi que le remplacement de 1 000 abris provisoires par des structures permanentes. La construction sera prioritairement concentrée sur les zones à forte pression démographique comme Dakar, Thiès et la Casamance, avec une adaptation aux spécificités locales. Nous avons déjà engagé l’acquisition de 80 000 tables-bancs, 60 000 autres en réparation et la réhabilitation de 1 500 salles de classe en urgence ».
À plus long terme, Pape Abdou Dia annonce l’extension des chantiers en 2026 avec la multiplication des sites de construction et le déploiement à grande échelle des modèles bioclimatiques. Il plaide pour une réforme institutionnelle. Car, pour lui, « il faut renforcer la Direction des constructions scolaires et créer un Observatoire du bâti scolaire. Il est également nécessaire de mettre en place un fonds national pour l’éducation et d’explorer des financements innovants garantissant la pérennité et l’ampleur de la transformation ».
Enfin, il insiste sur la mise en œuvre d’une politique nationale de maintenance préventive et corrective afin de préserver les investissements réalisés et assurer la durabilité des infrastructures.Le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Guirassy, qui a présidé la rencontre, s’est dit satisfait des présentations des différents acteurs. « Je voudrais très sincèrement remercier la COSYDEP. J’ai toujours eu la conviction que, pour disposer d’une véritable force de propulsion vers l’avenir, il faut un ancrage solide dans le passé. Et l’école, c’est à la fois l’école du passé, mais aussi celle du futur », a-t-il déclaré.
Viviane DIATTA

