LA CHRONIQUE DE MLD: Ces magistrats debout…Par Mamadou Lamine DIATTA
« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir «
Montesquieu
Faudrait-il trouver un lien quelconque entre ce qui se passe actuellement en France relativement à la peine ferme infligée à l’ancien Président Nicolas Sarkozy et le comportement de ces magistrats sénégalais qui essaient tant bien que mal de ne pas perdre la face afin de dire le droit ? Des juges qui ont du cran pour avoir fait fi des hautes fonctions du Président Macky Sall dans le dossier relatif au report de la présidentielle 2024. Les hauts magistrats du conseil constitutionnel avaient gagné la partie en imposant leur agenda. Idem pour le Premier ministre XXL Ousmane Sonko relativement au rejet du rabât d’arrêt introduit par ses avocats auprès de la cour suprême. Il n’avait pas eu gain de cause.
Contrairement aux idées reçues, les magistrats du siège savent rester debout, professionnels et lucides en mettant en avant leur intime conviction. Conformément à ce serment érigé en sacerdoce. Ils mesurent pleinement leurs responsabilités et distinguent subtilement l’esprit de la règle des lois. « La lettre tue mais l’esprit vivifie» dit avec une pointe de sagesse un célèbre proverbe français.
Autant dire que la justice est valable pour tout le monde que l’on soit riche ou pauvre. Que l’on soit une haute autorité ou un citoyen lambda. Oui, dans tous les pays du monde, la justice est le garant de la qualité et de la consolidation du vivre-ensemble. C’est le premier intrant au développement économique en ce qu’elle demeure le pilier qui asseoit la confiance des investisseurs en les rassurant par ricochet.
Pour le cas spécifique de Nicolas Sarkozy, la lourde sentence des juges de l’héxagone est tombée comme une secousse tellurique, un véritable séisme destiné sans doute à envoyer un signal fort à la classe politique. Un coup de balai qui doit être décrypté et analysé à sa juste valeur surtout que dans un passé récent, des figures emblématiques comme Jacques Chirac, François Fillon , Dominique De Villepin et tant d’autres ont eu mailles à partir avec le puissant appareil judiciaire.
Tout de même, ce dossier Sarkozy est historique. Un précédent qui risque de faire tâche d’huile en France. Ailleurs, le Leader Brésilien Lula Da Silva avait déjà purgé une peine ferme à la fin de son mandat en 2018 pour corruption et blanchiment d’argent dans l’affaire dite Petrobas. La résilience lui a permis de revenir au pouvoir d’autant qu’il préside actuellement aux destinées de la puissance sud-américaine.
Mais l’affaire Sarkozy relève de l’inédit : Pour la première fois, un ex Président français va se retrouver derrière les barreaux.Ses proches auraient démarché la Libye pour un financement illégal de la campagne présidentielle de 2007. Ironie de l’histoire , le même Sarkozy qui aurait trempé dans l’assassinat du Leader Libyen. Comme quoi, dans cette vie d’ici-bas, nos actes nous rattrapent souvent. C’est Mediapart media d’enquête sérieux et indépendant qui a le premier soulevé le lièvre. Un acte de haute portée qui rappelle vaguement le rôle prégnant joué par les enquêtes du Washington Post dans l’affaire Watergate qui avait abouti à la démission du Président américain Richard Nixon en août 1974. En somme, l’idéal dans une société organisée, c’est de pouvoir compter sur une justice indépendante et une presse libre.
Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » disait avec force pertinence Montesquieu.
Il faut dire que cette affaire Sarkozy est quelque part le procès de ce qu’on appelle trivialement la Françafrique avec en toile de fond plusieurs financements occultes. Entre les nombreux cadeaux du Président Omar Bongo à divers Présidents français ,les fameux diamants de Bokassa à Giscard et tant d’autres scandales révélés dans un passé récent par le sémillant Robert Bourgi dans son ouvrage-culte : « Ils savent que je sais tout »,on y perd franchement son latin.

