Société

STATUT DE L’ARTISTE, COPIE PRIVÉE, AUDIT, RELANCE DU SECTEUR: urgences des acteurs culturels sur la table d’Amadou Ba

La nomination d’Amadou Ba à la tête du ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme a suscité un vif intérêt dans le milieu culturel sénégalais. Après une gestion de Khady Diène Gaye largement critiquée, beaucoup y voient une bouffée d’air frais pour un secteur en mal de vision et de réformes. Mais les attentes sont nombreuses et pressantes. Entre espoir et scepticisme, les acteurs culturels fixent déjà les priorités.

Mor Kharma, Wapyrat de Dieuppeul, promoteur des Oscar des Talents :

« J’estime qu’il fera un bon ministre. La culture est transversale, c’est le seul secteur qui touche l’économie, les finances, l’agriculture, la pêche, l’artisanat, etc. Il faut impliquer les artistes dans tous ces domaines pour faire de la culture un levier du référentiel 2025. Déjà, un Secrétaire d’État comme Bakary Sarr et un directeur des Arts comme Hugues Diaz font un excellent travail. Nous espérons qu’Amadou Ba saura poursuivre et amplifier cette dynamique. Mais le chantier le plus urgent est le changement de paradigme : l’art ne doit pas être vu seulement comme un divertissement, mais comme un moyen de création d’emplois ».

Pape Meissa Gueye, artiste comédien et metteur en scène

: « Il est trop tôt pour juger, mais il est important d’avoir un ministre dédié et de détacher la culture de la jeunesse et des sports. Il y a eu beaucoup de problèmes avec le ministre sortant, et nous espérons que cela ne se répète pas. Nous attendons du nouveau ministre qu’il dialogue avec les acteurs et qu’il rende effectifs des dossiers en souffrance : le statut de l’artiste et des professionnels de la culture, la loi sur la rémunération de la copie privée, la réforme de l’ENAMC, ou encore la mise en œuvre du PSDT. Il doit aussi auditer les structures comme le Fonds d’aide aux artistes, le FOPICA, le Fonds d’édition, ou le FDCU. Le secteur a besoin de transparence et d’une vraie rupture ».

Aliou Badara Mandé, président de l’APCS:

« Le nouveau ministère, regroupant Culture, Artisanat et Tourisme, est stratégique, car ces secteurs sont liés. Mais il sera aussi très technique avec des sous-secteurs nombreux : musique, patrimoine, arts plastiques… Les doléances prioritaires restent le statut de l’artiste, la rémunération de la copie privée et l’amélioration des infrastructures culturelles. Un dossier sensible est celui des animateurs culturels et chargés d’affaires formés à l’École des arts mais laissés en marge de l’administration. Le nouveau ministre devra agir vite et avec fermeté. Pour l’instant, la communauté artistique lui accorde une période d’observation. La culture est un ministère à la fois technique et complexe. »

**Djiby Guissé, musicien, membre des Frères Guissé :

« Trois départements ministériels ont été regroupés, et c’est une bonne chose. L’artisanat est lié à la culture, et le tourisme ne peut avancer sans elle. Mais il faut créer un Conseil des cadres de la culture qui réfléchirait et agirait au nom du ministère. La priorité reste l’application intégrale de la loi de 2008. Depuis son adoption, seule la SODAV a été créée, et elle peine à fonctionner correctement. La non-application de cette loi nous fait perdre chaque année entre 3 et 4 milliards FCFA, notamment à cause de la non-perception des revenus de la copie privée. S’y ajoutent des taxes sur les spectacles qui atteignent 40%, un frein mortel pour la scène artistique. Une révision intégrale de la loi est nécessaire, avec l’intégration des réalités actuelles comme l’intelligence artificielle et le numérique. »

(Adama Aidara, L’informé)