Contribution

La Poste sénégalaise : symbole d’un système de gouvernance en crise. Par Pr Amath Ndiaye

Le constat dressé par le Premier ministre est accablant : La Poste traverse une crise systémique qui menace sa survie. Entre 2012 et 2025, ses effectifs ont augmenté de près de 60 % (de 2 600 à plus de 4 100 agents), tandis que son chiffre d’affaires a reculé de 26 %. À la fin de 2024, les pertes cumulées dépassaient 100 milliards FCFA, avec un endettement critique et un déficit de plus de 9 milliards sur les dépôts clients.

Ses filiales sont elles aussi en crise : Postefinances affiche des capitaux propres négatifs et EMS Sénégal a perdu ses marchés stratégiques. Plus de 80 % du parc automobile est hors d’usage, aucun contrôle externe n’a été exercé depuis plus de 15 ans, et les états financiers n’ont pas été publiés entre 2013 et 2019. Depuis octobre 2022, c’est l’État qui paie directement les salaires des agents pour 18 milliards de FCFA par an.

Cette faillite n’est pas un accident isolé : elle traduit un mal profond qui touche l’ensemble des entreprises publiques sénégalaises. Politisation à outrance, recrutements clientélistes, absence de contrôle effectif, corruption impunie : les mêmes maux produisent les mêmes résultats.

Le problème est institutionnel. Le système légal ne protège pas les biens publics et ne permet pas de sanctionner efficacement les fautes de gestion. Tant que le Président de la République et le Ministre de la Justice siègeront au Conseil Supérieur de la Magistrature, la justice restera sous influence et incapable de lutter contre l’impunité.

La véritable réforme à engager est donc politique et institutionnelle : garantir une justice indépendante, seule capable de sanctionner les dérives et de protéger durablement les finances publiques. Faute de quoi, les entreprises publiques resteront des gouffres financiers pour les citoyens.

Pr Amath Ndiaye
FASEG-UCAD