CHRONIQUE DE MLD: Du rééquilibrage, pas la négation de la France. Par Mamadou Lamine DIATTA
LA
Du
« Je t’aime,moi non plus »
Serge Gainsbourg
Les relations entre la France et le Sénégal sont souvent passionnelles au regard du poids de l’histoire mais également des enjeux économiques et politiques.
Pour autant, les deux pays resteront unis pour l’éternité. Pour sûr !
Un mariage d’amour et de raison malgré des scènes de ménage symbolisées notamment par la rhétorique politiquement incorrecte de Guy Marius Sagna et de son fameux mouvement «France dégage». Mais il faut éviter l’amalgame : Guy Marius n’est pas de Pastef même s’il reste un proche de Sonko. Donc ce « France dégage » n’engage pas forcément le nouveau pouvoir. C’est subtil.
Tout de même, la passion démesurée qui entoure et embaume cette relation avec l’Hexagone rappelle vaguement le célèbre tube de Serge Gainsbourg : «Je t’aime moi non plus « . En quelque sorte, de l’amour- répulsion, une relation tumultueuse liant deux êtres pourtant inséparables.
Il faut se rendre à l’évidence : Le Sénégal n’a jamais été en guerre contre la France. La France est en nous, dans nos entrailles et vice-versa.
Oui et il faut s’en féliciter, Il ya eu beaucoup d’incompréhensions mais le fil n’a jamais été rompu. Le Sénégal, pays pauvre hyper-endetté ne saurait se passer de cette 7ème économie mondiale qui vient juste derrière, les Etats-Unis, la Chine, l’Allemagne, le Japon, l’Inde et le Royaume-Uni.
Pour ce Pastef actuellement aux affaires, il y’a eu beaucoup de déclarations à l’emporte-pièce et d’agitation de nature à nourrir la perception d’un sentiment anti-français. C’est indéniable.
Pis, ce souverainisme à la sauce sénégalaise mal expliqué est forcément mal perçu par une bonne partie de l’opinion publique. C’est sans doute ce qui explique d’ailleurs cette raillerie de Madiambal Diagne qui se gausse de voir le Président Bassirou Diomaye Faye adopter une tenue vestimentaire inspirée de la cocarde tricolore( bleu, blanc, rouge) pour soigner son image auprès d’Emmanuel Macron son hôte du mercredi 27 août 2025. Une pique assassine qui en dit long sur l’intérêt que suscite cette relation pas comme les autres.
À la décharge de Pastef, le souverainisme ne signifie pas l’autarcie.
En attendant, l’apprentissage des subtilités du pouvoir continue pour cette jeune formation politique qui apprend tant bien que mal à acquérir la culture de l’Etat et la maîtrise de la géopolitique mondiale.
Même cette histoire des bases militaires agitée çà et là a plutôt démarré sous Wade pour être parachevée par l’actuel régime. En Côte-d’Ivoire également, les militaires français ont quitté quelques bases même s’il faut préciser que là-bas il s’agit d’un allègement de la présence militaire française qui ne disparait pas. Les Ivoiriens ont ainsi ménagé la chèvre et le chou.Au Sénégal et au Tchad, il n’y a plus de bases militaires. Seul Djibouti préserve ses bases aux couleurs tricolores sans doute du fait de la position hyper stratégique de ce pays situé sur la côte orientale, dans la Corne de l’Afrique…
Tout compte fait, la France des lumières reste une puissance économique, militaire, nucléaire, agricole et même…culinaire. C’est également le pays de la haute couture, du raffinement et du bon goût.
Il ne s’agit pas de la négation de la France. Clairement.
Visiblement la stratégie du tandem Diomaye-Sonko, c’est de décomplexer les Sénégalais avec une approche gagnant- gagnant et un partenariat économique rénové. D’où ce nouveau champ lexical avec l’usage de vocables comme le rééquilibrage des rapports avec l’ancienne puissance colonisatrice.
De ce point de vue, la démarche du nouveau pouvoir n’est pas loin de celle du Président Abdoulaye Wade, chantre de la diversification des partenariats économiques. D’ailleurs c’est ce qui avait valu ce rapprochement avec les pays du Golfe, la Chine, la Russie, la Turquie bref tous les grands pays émergents.
Depuis l’avènement de Pastef au pouvoir, il ya eu beaucoup de visites en Russie, en Chine, dans les pays arabes, en Turquie et maintenant en France mais on attend encore les retombées pour la redynamisation économique et surtout industrielle de ce pays en manque criant de liquidités. Jusque-là la seule lueur d’espoir est liée à ce don de 100 milliards cfa décroché à l’issue du récent séjour du Premier ministre en Chine.
Mais les résultats de cette visite présidentielle en France seront sans doute probants. En atteste par exemple cette synergie entre le MEDEF et le Conseil national du patronat(CNP) de Baydi Agne. Et puis les patrons du célèbre groupe Vicat, actionnaire de SOCOCIM ont échangé avec le Président sur la compétitivité du secteur cimentier, la réduction du coût du ciment et son rôle dans les grands chantiers structurants.
Au titre des audiences accordées aux détenteurs de capitaux figurent :
- Le MEDEF International, regroupant des chefs d’entreprises français, pour explorer les opportunités d’investissement et dynamiser la coopération économique.
- Matière Sénégal, spécialisée dans la construction d’ouvrages d’art, pour discuter des projets d’infrastructures stratégiques (ponts, routes, équipements).
- Le Groupe Lagardère Travel Retail, gestionnaire des duty free de l’AIBD, autour de la qualité des services, de la politique de prix et des perspectives d’expansion.
- ERAMED Sénégal, actif dans le secteur minier, avec un accent sur une exploitation durable, créatrice d’emplois et respectueuse de l’environnement.
- Le Groupe NGE, spécialisé dans le BTP, (constructeur du TER) afin d’évoquer le développement d’infrastructures stratégiques et la création d’emplois locaux.
Dans le contexte actuel, il s’agit de rencontres pas du tout anodines qui confirment la volonté du Sénégal de bâtir des partenariats solides, durables et créateurs de valeur. Pourvu que ces innombrables voyages à l’extérieur aient rapidement un impact considérable sur le panier de la ménagère et le quotidien de tous nos concitoyens.
Vaste programme !

