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SOUS-DIAGNOSTIC, MANQUE D’INFRASTRUCTURES: Ces défis qui retardent la prise en charge des cancers au Sénégal

Faute de dépistage précoce, d’équipements adaptés et d’infrastructures suffisantes, le cancer du sein et celui du col de l’utérus continuent de faire des ravages au Sénégal. Des oncologues plaident pour une prise en charge décentralisée et accessible à toutes.

Au Sénégal, le diagnostic et la prise en charge des can-Santé et cers féminins souffrent d’un manque criant d’infrastructures et d’équipements adaptés. Une situation qui retarde les traitements et aggrave la maladie. Réunis hier, lors d’un atelier orga nisé par l’Association des journalistes en Population Développement (AJSPD), des spécialistes ont plaidė pour une meilleure prévention et un accés élargi aux soins. Le cancer du sein et celui du col de l’utérus figurent parmi les plus meurtriers, Selon l’oncologue radiothé rapeute de l’hôpital Dalal Jamm, 53% des cas de cancers concernent les femmes, contre 47% pour les hommes. Chez la femme, les cancers gyné cologiques et mammaires représentent plus de la moi tie des cas (54%), Le Dr Kanta Ka souligne qu’une femme sur deux est concernée et que le tiers des décès est lié à un cancer. Le problème principal est l’absence de dépistage organisé et l’accès limité aux outils modemes de diagnostic et de traitement, Le retard du diagnostic entraîne l’avancement de la maladie, regrette-t-il

Radiothérapie des équi pements quasi inexis tants

Plus de 70% des patients atteints de cancer nécessi tent une radiothérapie. Or, seuls deux centres dispo-sent de machines Dalal Jamm à Dakar et le centre hospitalier national Cheikh Ahmadou Khadim de Touba. En tout, trois appa reils seulement pour deux régions, dont celui de Dalal Jamm souvent en panne sux

Avec 14 milliards de francs CFA, chaque région pourrait disposer de sa radiothérapie, plaide Dr

Kä, rappelant que ces équi pements coûtent près d’un milliard l’unité.

Hormonothérapie coûts exorbitants

et Concernant l’hormonothé rapie, seule la 2º génération est disponible, et de manière irrégulière. Lorsqu’elle l’est, le coût reste prohibitif 500 000 FCFA à la charge des patientes.

La radiothérapie, présentée comme gratuite, est en réa lité subventionnée à hau teur de 150 000 FCFA pour l’ensemble des séances, un montant qui ne couvre pas les frais réels

La chimiothérapie bénéficie aussi d’une gratuité par tielle, mais les coûts cumu les continuent de représen ter un lourd farceau pour les familles.

Une prise en charge trop centralisée

Seules sept régions (Dakar, Saint-Louis, Louga, Thies, Ziguinchor, Fatick et Diourbel) disposent d’un ser vice d’oncologie médicale. Il faut décentraliser la prise en charge, aller vers toutes les régions et renfor cer les laboratoires d’ana path, indispensables pour confirmer un diagnostic, insiste Dr Kä. Le cancer n’est pas une fatalité. Huit cas sur diox peu vent être guéris si le diag

nostic est fait tôt et si le pays dispose d’infrastructures adequates, affirme Dr Kä I appelle à intensifier les campagnes de sensibilisa-tion et à communiquer sur les guérisons effectives, afin de déconstruire la per-ception de fatalité autour de la maladie.

La prévention comme alternative

Pour Dr Rokhaya Désirée Niang, oncologue médicale à l’hôpital Idrissa Pouye de Grand-Yoff, la prévention reste l’arme la plus efficace. Elle rappelle qu’en 2022, les frais supplémentaires llès aux traitements attei gnaient 1,3 à 1,5 million de FCFA par patient, même lorsque la gratuité fonction-nait sans rupture ni panne. La prévention et le dépis tage précoce sont les seules alternatives aux trai tements coûteux. Car 35% des cancers sont liés à des facteurs de risque évitables souligne-t-elle

Elle recommande égale ment de donner davantage la parole aux survivants, aux familles, mais aussi aux techniciens du dépistage, aux experts en santé publique, nutrition et socio-anthropologie, afin de met tre en lumière les réalités du parcours de soins et de renforcer l’impact des cam-pagnes médiatiques.

(Viviane Diatta, l’Info)