Birmanie: «Aucun espoir que la situation s’améliore et que les Rohingyas puissent rentrer chez eux»
Il y a huit ans, plus d’un million de Birmans appartenant à la minorité musulmane des Rohingyas, persécutés par l’armée birmane, fuyaient vers le Bangladesh voisin. Aujourd’hui encore, ces réfugiés vivent dans des camps surpeuplés et ne peuvent pas retourner dans leur pays ravagé par la guerre civile. Mark Farmaner, directeur de Burma Campaign, ONG qui milite pour les droits humains et la démocratie en Birmanie, regrette que justice n’ait toujours pas été rendue aux victimes.
Ce 25 août 2025 marque le huitième « anniversaire » du génocide des Rohingyas en Birmanie. Des dizaines de milliers de réfugiés ont manifesté dans les camps de Cox’s Bazar, au Bangladesh. Ils demandent à rentrer chez eux. Est-ce envisageable selon vous ?
Mark Farmaner : Pour les réfugiés au Bangladesh et les Rohingyas restés en Birmanie, il n’y a aucun espoir que la situation s’améliore et qu’ils puissent rentrer chez eux. En fait, chaque jour, de plus en plus de réfugiés tentent de fuir l’État birman de Rakhine. Nous avons vu l’armée d’Arakan, une armée de résistance composée principalement de personnes de l’ethnie Rakhine, prendre le contrôle de la quasi-totalité de l’État. Mais elle commet les mêmes violations des droits de l’homme que l’armée officielle à l’encontre des Rohingyas. Les Rohingyas sont donc pris en étau entre deux forces armées violentes qui ne veulent pas que les Rohingyas restent en Birmanie.
Pour couronner le tout, la réponse de l’armée de Birmanie aux victoires de l’armée de l’Arakan a été d’imposer un embargo sur l’aide et le commerce. Les Nations unies ont donc mis en garde contre une famine imminente dans l’État de Rakhine, qui touche l’ensemble de la population, mais qui frappe d’abord et plus durement les Rohingyas. On nous rapporte que des parents tuent leurs propres enfants et commettent des suicides à cause de la famine à laquelle ils sont confrontés et du désespoir de voir leurs familles mourir lentement de faim. La situation est absolument indescriptible et épouvantable, mais elle est encore largement ignorée par la communauté internationale.
Peut-on parler de huit années d’injustice ?
C’est plus de huit longues années d’injustice. Le génocide a eu lieu en 2016 et 2017. Mais ces événements étaient prévisibles de longue date. Depuis 2012 déjà, nous avons assisté à une montée en puissance de la violence contre les Rohingyas. Mais la communauté internationale, l’Union européenne et les États-Unis, ont détourné leur regard. La répression contre les Rohingyas ne correspondait pas à leur discours, selon lequel la Birmanie était en voie de se réformer. Ils voulaient y voir un succès de leur politique étrangère. Ils ont laissé la violence s’intensifier et, de fait, donné le feu vert à l’armée birmane. Cela a encouragé les militaires à mener ces attaques en 2016 et 2017, forçant un million de Rohingyas à se réfugier au Bangladesh. Et personne n’a rendu des comptes depuis lors.
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La Cour pénale internationale a enfin annoncé qu’elle enquêtait, mais n’a toujours pas validé le moindre mandat d’arrêt. La Cour internationale de justice a entendu une affaire, mais elle n’a toujours pas déterminé si un génocide avait été commis. Le seul cas où nous avons vu une forme de justice a été une affaire que les organisations rohingyas ont intentée elles-mêmes en utilisant la compétence universelle dans un tribunal argentin, et qui a abouti à des mandats d’arrêt là-bas. Mais jusqu’à présent, Interpol ne met pas en œuvre ces mandats d’arrêt. Nous constatons donc toujours l’absence d’obligation de rendre des comptes.
Combien de Rohingyas se trouvent encore en Birmanie et combien de Rohingyas se trouvent toujours dans les camps de réfugiés au Bangladesh aujourd’hui ?
Nous estimons qu’il reste 500 000 à 600 000 Rohingyas en Birmanie et plus d’un million dans les camps de réfugiés au Bangladesh. Et quand nous disons plus d’un million, la majorité d’entre eux sont des enfants. Ces enfants sont enfermés dans des camps entourés de barbelés. Ils ne sont pas autorisés d’en sortir. Les donateurs internationaux réduisent les rations d’aide et les cours d’école ont été encore réduits. Le désespoir règne dans ces camps, il n’y a aucun avenir. La communauté internationale ne fait rien pour s’assurer qu’ils puissent rentrer chez eux, et ne se donne même pas la peine de leur fournir la nourriture de base, les services de santé et les services d’éducation dont ils ont besoin.
Le gouvernement du Bangladesh, qui a le mérite d’avoir accueilli tant de réfugiés, s’efforce de rendre les conditions dans les camps aussi misérables que possible, afin de décourager l’arrivée d’autres réfugiés. Mais cela ne s’attaque pas vraiment à la cause du problème. Les Rohingyas viennent parce qu’ils sont persécutés chez eux en Birmanie. La solution consiste donc à juger les responsables des violations des droits de l’homme. Tant qu’ils ne seront pas tenus pour responsables et qu’ils ne feront pas l’objet d’une véritable pression, il n’y aura pas de solution à cette crise.

