Une parlementaire belge d’origine iranienne échappe à une tentative d’enlèvement en Turquie
Darya Safai est une parlementaire belge d’origine iranienne qui aurait dû se rendre en Turquie pour les vacances. Mais sur place, des espions iraniens s’apprêtaient à l’enlever vers Téhéran, selon les services secrets belges. Pour RFI, elle témoigne.
Darya Safai : Un matin, en me réveillant, j’ai reçu un appel de la police. C’est un agent chargé de ma sécurité – ça fait longtemps que j’ai un contact attitré pour ma protection. Il m’a demandé si j’étais en Belgique. J’ai répondu que non, j’étais en voyage.
Il semblait très inquiet. Il y a eu un long silence… Puis, je lui ai précisé que j’étais actuellement aux États-Unis. Il a été un peu soulagé. Il pensait que j’étais peut-être partie en Turquie. Il m’a dit : « C’est bien, mais vous devez savoir que vous ne devez absolument pas voyager vers des pays comme la Turquie. » Puis il m’a expliqué qu’il y avait apparemment un plan pour m’enlever si je m’y rendais. Il m’a dit : « Il faut absolument éviter ce genre de voyage. »
Donc, la police vous a dit que vous risquiez d’être enlevée en Turquie ?
Oui. Les services secrets de la République islamique d’Iran avaient préparé un plan pour m’enlever en Turquie et m’emmener à Téhéran. Et on sait très bien ce qu’ils font avec les otages. Ils les jettent dans les prisons des ayatollahs. J’en parle en connaissance de cause : quand j’étais jeune étudiante, j’ai été emprisonnée. Je sais ce que ces prisons représentent. Ce sont des lieux terribles.
Ensuite, ils utilisent ces otages pour faire pression, pour du chantage diplomatique. Ils exigent des échanges avec les pays occidentaux. C’est une stratégie : prendre quelqu’un en otage pour obtenir quelque chose. Et c’est exactement ce qui aurait pu m’arriver.
Comment vous êtes-vous sentie quand la police vous a dit ça ?
C’était un choc. Toute ma vie, je ne me suis jamais sentie complètement en sécurité, même si j’ai reçu des menaces du régime iranien auparavant. Mais cette fois, c’était différent. J’avais justement parlé avec ma mère pour organiser un voyage en Turquie. Je ne peux pas retourner en Iran, et elle ne peut pas venir en Europe. Alors, on se retrouve parfois en Turquie.
Cette année, finalement, le voyage ne s’est pas concrétisé. Mais en repensant à ce qui aurait pu se passer… c’était effrayant. Alors, j’ai essayé de me rassurer. Je me suis dit : « Tu as eu de la chance, tu n’as pas voyagé cette fois. » Mais c’est grave. Si une personne, même en Europe, ne peut plus voyager librement, alors où peut-on encore être libre ?
Ce qui m’a profondément choquée aussi, c’est jusqu’où ils sont prêts à aller. Ils ne visent pas seulement une femme iranienne vivant en Europe. Non, c’est une attaque directe contre les valeurs démocratiques. Je suis élue démocratiquement au Parlement belge. Si l’Iran est prêt à enlever une parlementaire belge, c’est comme s’ils déclaraient une guerre à l’Occident.

