La chronique de MLD : Le Plan de Sonko, de Diomaye ou du Sénégal ?
Par Mamadou Lamine DIATTA
« Chaque parole a une conséquence, chaque silence aussi »
Jean Paul Sartre.
Nous l’avons toujours écrit et ressassé : Ce pouvoir Pastef est déroutant pour tout le monde juste parce qu’il essaie tant bien que mal de faire les choses différemment avec une démarche disruptive à la clé. Dans leur jargon à eux, ils appellent cela rupture. Souvent l’accouchement est difficile d’autant que les éléments de langage peuvent être abrupts. Pèle- mêle, on pense vaguement au Gatsa-Gatsa, à la rupture, au Jub, Jubbal Jubbanti et tutti quanti. Ça nous rappelle un peu cette « gestion sobre et vertueuse » du Président Macky Sall qui avait finalement tourné au vinaigre. Trêve de conjectures !
Et puis, c’est dans l’ordre normal des choses de voir que tout changement dérange l’ordre établi surtout dans un pays pauvre endetté où les habitudes ont encore la vie dure.
Ce vendredi 1er août 2025, il s’agit pour le pouvoir de présenter aux Sénégalais le Plan national de redressement…
Essayons d’abord de disséquer le champ lexical car comme on dit trivialement, les mots ont leur sens. D’abord un Plan est toujours adossé à un paquet d’actions. Ensuite lorsqu’on parle de redressement, cela veut dire dans l’entendement du tandem Diomaye-Sonko que l’économie sénégalaise est sinistrée avec notamment un endettement massif ( + de 100% du Pib), une gouvernance peu vertueuse des maigres ressources publiques ( Cf la reddition des comptes) ou encore une structure délicate avec notamment cette image peu reluisante d’un pays exportateur net de produits alimentaires malgré son nouveau statut du reste enviable de producteur de pétrole et de gaz.
Cela dit, plusieurs interrogations fusent ici et là du genre : Sonko devrait- il laisser l’initiative au Chef de l’État ?
Ce Plan national de redressement porte l’empreinte de qui ?
Est-il le fruit d’une concertation entre le Président et son Premier ministre ?
Il est évident que le précieux document a été validé par le Président de la République mais nous devons à la vérité de constater aussi que ce Premier ministre se dépense sans compter et reçoit par ricochet tous les coups y compris en provenance des armes non conventionnelles. Nous avions déjà connu Macky Sall l’Hyper- Président, aujourd’hui c’est visiblement le temps de Sonko l’Hyper-Premier ministre. Peut-être que c’est le Président Bassirou Diomaye Faye qui préfère que Sonko aille encore au charbon dans le cadre d’une certaine division du travail. Qui sait ? L’occasion de se remémorer la sagesse de Jean Paul Sartre : « Chaque parole a une conséquence, chaque silence aussi. «
De toute façon, courant mois Août, le FMI débarquera au Sénégal avec dans ses valises ses sempiternelles conditionnalités avant la reprise de ce programme Sénégal encore à l’arrêt.
Tout compte fait, personne n’a la science infuse pour savoir ce que ce Sonko qui ira de nouveau au casse- pipe va proposer aux Sénégalais en termes de nouvelle vision. Mais tout porte à croire que, comme d’habitude, les mots-cles de son message subliminal du vendredi saint seront repris en boucle sous forme de mantra par des milliers d’inconditionnels. Mais la politique politicienne a ses limites. L’analyse lucide nous impose de constater que pour envoyer des signaux forts et accrocher ces Sénégalais hyper- exigeants, le Premier ministre devrait insister sur :
• L’élargissement de l’assiette fiscale à ce dynamique secteur informel qui représente plus de 80% du tissu économique.
• Non a ce modèle de développement éculé basé essentiellement sur l’apport des bailleurs de fonds.
• L’urgence de booster la production nationale notamment dans les domaines stratégiques de l’agriculture et de l’industrie pour mettre en place une politique hardie basée sur l’attractivité des chaînes de valeurs et l’atteinte à terme de la souveraineté alimentaire
• Une réduction drastique du train de vie de l’Etat avec notamment une gouvernance par l’exemple. Il faudrait également démanteler toutes ces niches de gaspillage de l’argent public identifiées depuis belle lurette. On pense ainsi à ces nombreux doublons entre plusieurs agences et directions nationales.
• Une approche keynésienne du développement économique à l’image de ce qu’avait parfaitement réussi Maître Abdoulaye Wade. Il s’agira ainsi de favoriser des investissements publics massifs dans les secteurs vitaux comme l’éducation, la santé mais également les infrastructures et l’agriculture. L’idée c’est de tirer la croissance en favorisant d’ailleurs une certaine inclusion d’autant qu’avec le fameux effet de ruissellement, toutes les couches de la population seront impactées.
In fine, il ne s’agit pas du Plan Diomaye encore moins celui de Sonko. C’est plutôt un Plan national qui engage tous les Sénégalais d’ici et de la Diaspora. C’est seulement avec un tel état d’esprit que ce pays pourrait relever tous les défis qui se dressent devant nous. Surtout qu’un célèbre adage enseigne qu’avec la foi, on peut soulever des montagnes.


