Syrie: à Soueïda, «nous avons vu beaucoup d’exécutions, d’exterminations qui nous ont terrifiés»
La ville de Soueïda, dans le sud-ouest de la Syrie, a vécu ce mardi 22 juillet une troisième journée sans combat. La semaine dernière, de violents combats ont éclaté entre factions druzes et groupes bédouins soutenus par les troupes gouvernementales. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), plus de 1 260 personnes ont été tuées dans ces affrontements.
Pour le moment, dans le chef-lieu de cette province du sud-ouest de la Syrie, le cessez-le-feu tient. Mais au nord de la ville, des combats subsistaient ce mardi 22 juillet. Et partout dans cette région, la peur reste très présente pour les habitants qui vivent toujours dans des conditions difficiles.
Hatem Al Mghawish a quitté la ville de Soueïda jeudi dernier. Il s’est installé dans le village d’origine de sa famille : « Plus sûr, mais pas pour autant totalement sûr, précise-t-il. Tout le monde dans la province, tout le monde à Soueïda est anxieux, a peur, est effrayé. Nous avons vu beaucoup d’exécutions, d’exterminations qui nous ont terrifiés. »
Dans sa maison de famille, 22 personnes vivent actuellement ensemble. Des parents, mais aussi des amis qui étaient en quête d’un minimum de sécurité. Et chaque maison, dit-il, abrite aujourd’hui plus de 20 personnes. Mais cette situation ne pourra pas durer, car les provisions viendront à manquer. « Il y a quelques magasins qui sont encore ouverts. Mais d’un jour à l’autre, les magasins peuvent ne plus rien avoir à vendre, explique Hatem. Il n’y a des provisions que pour une semaine. Nous ne pouvons survivre qu’une semaine encore. »
« 33 localités ont été complètement détruites »
Et l’entrée en vigueur du cessez-le-feu n’a pas encore conduit à une reprise des services essentiels. Le réseau électrique n’a notamment pas été rétabli. « Il n’y a pas d’eau. Nous nous débrouillons en déplaçant l’eau à la main, mais on ne peut pas faire marcher les pompes. Il n’y a pas d’électricité », témoigne Hatem.
Seul un petit moteur électrogène lui permet de recharger son téléphone et d’avoir un peu de lumière. Pour l’instant. Car l’essence se fait rare également.
Certains villages de cette province demeurent inaccessibles, faisant craindre des bilans beaucoup plus lourds encore. Firas Kontar est un militant franco-syrien pour les droits de l’Homme et auteur du livre Syrie, la révolution impossible. Sa famille est originaire de la région de Soueïda et fait partie de la communauté druze. Il a perdu au moins 22 parents la semaine dernière. « Le bilan est très provisoire et il faut attendre d’aller voir dans les villages les 33 communes. Ça prendra du temps. Il n’y a aucune centralisation, il n’y a aucune direction des secours », déplore-t-il.

