Politique

APPEL À LA RESPONSABILITÉ NATIONALE: Pour préserver la stabilité institutionnelle et économique du Sénégal

Le Sénégal aborde une séquence particulièrement délicate de son histoire économique et institutionnelle. Les divergences apparues autour de l’adoption de la loi de finances rectificative pour 2026, et leurs possibles prolongements sur le prochain exercice budgétaire, font peser sur notre pays un risque d’impasse dont nul ne saurait sous-estimer les conséquences.

Le désaccord est consubstantiel à la démocratie. Mais il ne doit jamais se muer en paralysie de l’État.

Alors que notre pays mène des discussions décisives avec le Fonds monétaire international et ses créanciers, nous devons préserver la cohérence de nos choix budgétaires, la confiance de nos partenaires et la stabilité de notre économie.

L’enjeu est aussi immédiat et concret : sans adoption de la LFR, près de 540 milliards de francs CFA de subventions énergétiques risqueraient de rester sans crédits budgétaires suffisants. Ce ne serait pas une économie pour l’État, mais un risque d’impayés, d’accumulation d’arriérés et, à terme, d’alourdissement du coût de la dette. Un compromis doit donc être trouvé avant la fin de l’exercice budgétaire.

Les préoccupations relatives au pouvoir d’achat, aux dépenses sociales, à l’investissement et aux subventions énergétiques sont légitimes. Mais la discipline budgétaire et la justice sociale ne sauraient être opposées : la responsabilité de gouverner consiste précisément à les concilier.

J’en appelle donc solennellement au Président de la République, au Gouvernement et à la représentation nationale pour qu’ils engagent, sans délai, une concertation institutionnelle permettant de dégager un compromis sur les orientations budgétaires essentielles, dans le respect des prérogatives de chaque institution, de l’État de droit et de l’autorité des décisions de justice.

Lors du dialogue national, j’avais préconisé la tenue d’Assises sur l’économie, convaincu que les défis structurels de notre pays appelaient un diagnostic partagé et des réponses à la hauteur de leur gravité. Les circonstances présentes confortent la pertinence de cette démarche.

Pour avoir exercé les responsabilités de Premier ministre et de ministre des Finances, je sais qu’en matière économique, l’incertitude a un coût, l’inaction en a un autre, et ce sont toujours les populations qui finissent par en acquitter le prix.

Aucune divergence politique ne saurait justifier que soient exposés à des risques évitables la stabilité de nos institutions, la crédibilité financière de l’État et les conditions de vie de nos compatriotes.

L’heure n’est pas à l’épreuve de force, mais à l’épreuve de responsabilité.

Le Sénégal doit demeurer au-dessus des divergences qui traversent sa vie politique. L’intérêt supérieur de la Nation ne se négocie pas ; il commande le dialogue, exige le compromis et oblige chacun.

Amadou BA
Député à l’Assemblée nationale
Ancien Premier ministre, Ancien ministre des Finances