MACKY SALL ET LA COURSE À L’ONU: Sept mois de bataille, un rêve qui s’éteint
Du dépôt de sa candidature par le Burundi, le 2 mars 2026, à son retrait annoncé le 17 octobre, Macky Sall aura traversé une campagne faite despoirs, de controverses et de revers diplomatiques. Lancien président sénégalais a obtenu le soutien tardif de Dakar, mais na réussi ni à rassembler officiellement lUnion africaine (UA) ni à réunir les voix nécessaires au Conseil de sécurité. Retour sur les étapes dune ambition internationale contrariée.
Macky Sall renonce à succéder à António Guterres. Le 17 octobre 2026, au lendemain dun nouveau vote indicatif du Conseil de sécurité, lancien président du Sénégal annonce son retrait de la course au secrétariat général des Nations unies. Cette décision intervient après des consultations avec les présidents Évariste Ndayishimiye du Burundi et Bassirou Diomaye Faye du Sénégal. Elle referme une campagne de plus de sept mois, marquée par des avancées diplomatiques et une difficulté persistante à élargir son socle électoral.
2 mars, le Burundi ouvre la voie
La candidature entre officiellement dans le processus onusien le 2 mars 2026. Elle est présentée par le Burundi, dont le président exerce également la présidence tournante de lUnion africaine. Le lendemain, les présidents de lAssemblée générale et du Conseil de sécurité transmettent aux États membres les documents de nomination de Macky Sall. Lancien chef de lÉtat devient ainsi un candidat officiellement enregistré à la succession dAntónio Guterres.
Le parrainage burundais constitue son premier acquis diplomatique. Mais une distinction va rapidement peser sur la campagne : une candidature présentée par le pays assurant la présidence de lUnion africaine ne vaut pas approbation collective de lorganisation continentale.
À Dakar, le soutien des nouvelles autorités nest alors pas acquis. Dans une note du 27 mars, la représentation sénégalaise auprès de lUnion africaine précise que le Sénégal na ni soutenu cette initiative ni été associé à sa préparation. La candidature démarre donc avec un handicap politique particulièrement visible : labsence dappui officiel du pays dorigine du candidat.
Fin mars, le consensus africain échoue
La recherche dun soutien continental constitue le premier grand test. Un projet de décision favorable à Macky Sall est soumis aux États membres de lUnion africaine selon la procédure dite silencieuse. Celle-ci est interrompue et le texte nest pas adopté.
Dans son communiqué du 27 mars, léquipe du candidat précise que, parmi les vingt États ayant interrompu la procédure, quatorze ont formulé une objection et six demandé un délai supplémentaire. Elle fait ensuite état du retrait de lobjection du Liberia et de la demande de prolongation de lÉgypte. Ces mouvements ne changent toutefois pas le résultat institutionnel : Macky Sall ne bénéficie pas de laval collectif recherché.
Ce revers nentraîne pas linvalidation de son dossier auprès des Nations unies. La campagne se poursuit, avec notamment le soutien des Cités et gouvernements locaux unis dAfrique, annoncé à lissue dune réunion tenue le 25 mars à Nouakchott. Cet appui élargit ses relais, sans remplacer celui des États appelés à décider de la succession.
22 avril, lépreuve de la tribune mondiale
Le 22 avril, Macky Sall prend part au dialogue public organisé dans le cadre de la sélection du prochain secrétaire général. Cette audition devant les États membres constitue lun des temps forts de sa campagne : elle lui permet dexposer sa vision et de défendre les qualités quil entend mettre au service de lorganisation.
Dans son document de candidature, il invoque notamment lexpérience de dialogue et de concertation acquise à la présidence du Sénégal, de lUnion africaine et dans différents partenariats internationaux. Son argumentaire repose sur sa pratique des responsabilités publiques et sa connaissance des rapports entre lAfrique et ses partenaires. un.org
Laudition lui offre une visibilité internationale. Elle ne constitue cependant pas une validation électorale. La bataille décisive reste celle des soutiens au Conseil de sécurité.
20 juillet, Dakar fait basculer sa position
Le tournant politique le plus favorable intervient le 20 juillet. Après une audience accordée à son prédécesseur, Bassirou Diomaye Faye décide que le Sénégal va lui « apporter son plein soutien ». Le gouvernement et le réseau diplomatique reçoivent instruction de promouvoir sa candidature auprès des États membres des Nations unies.
Pour Macky Sall, il sagit dun succès diplomatique majeur. Après plusieurs mois de campagne sans lappui officiel de Dakar, il dispose désormais de la mobilisation de son propre pays. Cette décision lui permet de surmonter lune des principales fragilités de son entrée en lice. Elle ne suffit pourtant pas à inverser la dynamique des consultations au Conseil de sécurité.
Septembre et octobre, les voix manquent
Les résultats des votes indicatifs dessinent une candidature qui peine à progresser. Le 18 septembre, Macky Sall recueille cinq avis favorables, neuf défavorables et un sans opinion. Le 29 septembre, le même rapport de forces est rapporté : cinq encouragements, neuf découragements et une absence dopinion. Ces consultations étant confidentielles, leurs résultats circulent par lintermédiaire de sources diplomatiques.
Le 7 octobre, le cinquième scrutin confirme limpasse : cinq voix favorables contre dix défavorables, selon les résultats publiés. Le socle de soutiens tient, mais les réticences augmentent. Lobstacle est déterminant.
Pour obtenir la recommandation du Conseil, un candidat doit réunir au moins neuf voix sur quinze et ne rencontrer aucun veto des cinq membres permanents. Macky Sall reste éloigné du seuil nécessaire, tandis que la Costaricienne Rebeca Grynspan simpose comme la candidate la plus régulièrement placée en tête des consultations.
16 octobre, le scrutin qui ferme lhorizon
Le 16 octobre, le recours à des bulletins de couleur permet de distinguer les votes des membres permanents de ceux des membres élus. Macky Sall reçoit dix avis défavorables, dont trois de membres permanents qui se sont opposés à sa candidature. Il sagit encore dun scrutin indicatif, mais le signal politique est lourd.
Aucun candidat ne sort toutefois de cette consultation avec une voie entièrement dégagée. Rebeca Grynspan conserve neuf encouragements, mais rencontre elle aussi des oppositions parmi les membres permanents. La course reste ouverte, sans que Macky Sall paraisse en mesure den profiter.
17 octobre, le choix du retrait
Au lendemain de ce scrutin, lancien président met fin à sa campagne. Dans sa déclaration, il explique vouloir contribuer à lémergence dune candidature consensuelle. Il estime que les votes successifs traduisent une préférence pour lAmérique latine et les Caraïbes, éventuellement pour une femme. Cette lecture est celle du candidat sortant. Elle sinscrit dans un débat international favorable à une meilleure représentation régionale et féminine à la tête de lONU.
Le bilan laisse apparaître des acquis réels : un parrainage étatique permettant lenregistrement de sa candidature, une participation au débat mondial et, surtout, le ralliement officiel du Sénégal. Mais les échecs auront pesé davantage : absence dapprobation collective de lUnion africaine, stagnation des encouragements et oppositions au sein des grandes puissances.
Macky Sall aura réussi à porter son ambition jusquau cur de la sélection onusienne. Il naura pas réussi à transformer ses appuis diplomatiques en majorité au Conseil de sécurité. Son retrait clôt ainsi une campagne dont le principal obstacle est resté, jusquau dernier jour, limpossibilité de rassembler suffisamment dÉtats autour de son nom.
Harouna DEME

