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PR DAOUDA NGOM SUR LE PROGRAMME « UN ÉTUDIANT, UN ORDINATEUR »: « Ce programme ne figure pas dans le procès-verbal de passation de service avec mon prédécesseur »

Auditionné hier par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale, le professeur Daouda Ngom a révélé que le programme « Un étudiant, un ordinateur » ne figurait ni dans le procès-verbal de passation de service avec son prédécesseur ni dans les dossiers en instance. L’ancien ministre de l’Enseignement supérieur a également fait état de plusieurs irrégularités dans la gestion de ce programme.

Les auditions sur la gestion du programme « Un étudiant, un ordinateur » se poursuivent devant la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale. Après plusieurs responsables ayant participé à sa mise en œuvre, les ministres ayant dirigé le département sont, à leur tour, appelés à s’expliquer. Le professeur Daouda Ngom a ouvert cette séquence, après l’absence de plusieurs de ses prédécesseurs. À la tête du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation de septembre 2025 à juin 2026, il a fait état de plusieurs anomalies concernant ce programme mobilisant des milliards de francs CFA.

« Je précise que, dans le procès-verbal de passation de service avec mon prédécesseur, il n’y avait aucune information concernant le projet ‘Un étudiant, un ordinateur’. Il en est de même dans ce qu’on appelle les dossiers en instance. Donc, si je m’étais limité au procès-verbal de passation de service, je n’aurais pas eu d’informations sur le projet », a-t-il ajouté.

Selon ses explications, il a appris après sa prise de fonction que le programme ne disposait pas de numéro d’immatriculation à la Direction centrale des marchés publics (DCMP) et qu’il était inconnu des structures chargées du contrôle et de la régulation des marchés publics. Il a également indiqué qu’une dénonciation avait déjà été engagée auprès de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP), avant son arrivée.

Des délais de livraison non respectés

Le successeur du docteur Abdourahmane Diouf a également mis en cause le non-respect des délais de livraison par les fournisseurs Computer Land, pour 20 000 ordinateurs, et Campus US, pour 5 000 appareils. « Les contrats ont été signés le 3 avril 2025 par mon prédécesseur, le docteur Abdourahmane Diouf. Le contrat stipule qu’il faut 90 jours pour livrer les ordinateurs. Donc, le 3 juillet, les ordinateurs devaient être disponibles. Ils sont restés 180 jours après la signature du contrat sans livrer les ordinateurs », a-t-il expliqué. 

Selon lui, si les fournisseurs avaient respecté leurs engagements contractuels, la question de la nullité ne se serait pas posée. L’ancien ministre a, par ailleurs, affirmé que, de 2017 à 2025, le programme ne figurait pas dans le plan de passation des marchés et ne passait pas par la cellule de passation des marchés du ministère. Il estime, à ce titre, que la « responsabilité morale » des ministres qui se sont succédé à la tête du département est engagée.

Tout en reconnaissant la pertinence du programme, il a déploré les irrégularités qui auraient entaché son fonctionnement. « Je n’ai jamais imaginé un seul instant qu’on puisse exécuter pendant huit ans un programme de six milliards, financé exclusivement par le budget du Sénégal, en marge du Code des marchés publics. Je n’ai jamais imaginé que c’était possible de le faire de 2017 à 2025 », a-t-il déclaré.

Un contrôle interne jugé insuffisant

Le Pr Daouda Ngom a également exprimé sa surprise face à la faiblesse du contrôle interne au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. « J’avoue que, quand j’ai quitté le ministère de l’Environnement pour diriger celui de l’Enseignement supérieur, j’étais un peu déçu. Au niveau du département de l’Environnement, il y avait une inspection interne dynamique qui veillait à la régularité des marchés, a-t-il confié. J’estime que tous les ministères doivent avoir une inspection interne solide pour assurer le bon fonctionnement du travail ».

Une allocation exceptionnelle pour les étudiants

Interpellé sur le remplacement des ordinateurs par une allocation financière destinée aux quelque 20 000 étudiants de la promotion 13 de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane, l’ancien ministre a invoqué les blocages du programme et la nécessité de permettre aux bénéficiaires d’accéder à leurs outils de travail.

Il a expliqué que cette solution avait été retenue après des tentatives infructueuses de régularisation. « C’est une allocation à caractère exceptionnel et conjoncturel, via la Direction des bourses », a-t-il précisé, notant que le choix de cette direction pour procéder aux versements s’explique par la disponibilité de la base de données des étudiants et par les garanties de traçabilité des paiements.

Les versements ont porté sur 4,766 milliards de francs CFA, à raison de 250 000 francs CFA pour chacun des 19 064 étudiants bénéficiaires. L’ancien ministre a estimé que cette opération avait permis à l’État de réaliser une économie d’environ un milliard de francs CFA, le coût de l’ancienne formule étant évalué à 5,704 milliards. « Quand je quittais le ministère, il restait un reliquat d’environ mille étudiants qui n’avaient pas reçu leurs trousseaux », a-t-il ajouté.

Mamadou Lamine CAMARA