FIBROMES ET DÉSIR D’ENFANT: Les experts mettent en garde contre les opérations inutiles
De nombreuses jeunes femmes découvrent un fibrome avant même le mariage et craignent de ne jamais avoir d’enfant. Une inquiétude qui n’est pas toujours justifiée. Selon des spécialistes de la reproduction de l’hôpital Dalal Jamm et de l’hôpital El Hadji Ibrahima Niasse de Kaolack, la présence d’un fibrome ne signifie pas nécessairement infertilité. Ils appellent à éviter les interventions chirurgicales systématiques et à privilégier une prise en charge adaptée à chaque patiente.
« Il y a beaucoup de jeunes filles aujourd’hui qui ont des fibromes avant le mariage », constate le Pr Philippe Moreira, enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et chef du service de gynécologie de l’hôpital Dalal Jamm. Toutefois, il met en garde contre les fausses informations et les rumeurs entourant ces myomes. « Il faut faire aussi attention, on parle beaucoup des fibromes en mal. Il faut reconnaître que nous, la population noire dans le monde entier, en Afrique, en Amérique, en Océanie, avons plus de fibromes. Peut-être que c’est lié génétiquement et il y a aussi le problème hormonal qui se pose », explique le spécialiste.
Le diagnostic d’un fibrome utérin suscite souvent de l’inquiétude chez les femmes qui souhaitent avoir un enfant. Pourtant, rappelle-t-il, ces tumeurs bénignes, qui se développent dans le muscle de l’utérus, ne constituent pas systématiquement un obstacle à la conception. Leur découverte ne doit donc pas provoquer de panique ni conduire automatiquement à une intervention chirurgicale. « Il faut éviter de faire l’amalgame entre les fibromes et l’infertilité », insiste le Pr Moreira, qui intervenait lors d’un atelier consacré à la lutte contre l’infertilité, organisé par l’Association des journalistes en santé et la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME). « Tous les fibromes ne sont pas des fibromes à opérer. Il faut qu’on reste dans les indications médicales », souligne-t-il.
Selon le gynécologue, la prise en charge doit être globale et individualisée. Elle dépend notamment de l’âge de la patiente, de ses éventuelles difficultés à concevoir, de la localisation des fibromes et des symptômes qu’ils provoquent. « Par exemple, si ce sont des fibromes qui entraînent de très grandes pertes sanguines, jusqu’à provoquer une anémie avec ses complications, on peut les opérer. L’intervention chirurgicale n’est pas le seul traitement des fibromes. Il y a des fibromes qu’on peut traiter médicalement », précise-t-il.
Dans le même sens, la Dr Ndèye Khady Sène, gynécologue à l’hôpital El Hadji Ibrahima Niasse de Kaolack, alerte sur les conséquences possibles d’une opération sans indication médicale suffisante. Une telle intervention peut, selon elle, compromettre la fertilité que l’on souhaitait préserver. « Une intervention chirurgicale doit répondre à une indication médicale clairement établie. Lorsqu’elle n’est pas nécessaire, une opération peut exposer la patiente à des complications, notamment à la formation d’adhérences cicatricielles susceptibles de compliquer la fertilité ultérieure », avertit-elle.
La spécialiste préconise ainsi une évaluation complète du couple avant toute décision. « L’infertilité peut avoir plusieurs causes simultanées. Une évaluation du couple permet de déterminer si le fibrome est effectivement impliqué ou si un autre facteur, comme un trouble de l’ovulation ou une anomalie du sperme, doit être recherché », explique-t-elle.
S’adressant aux femmes comme aux médecins, la Dr Sène invite à ne pas diaboliser les fibromes et à privilégier une prise en charge fondée sur des examens et des indications médicales précises. Cette démarche, souligne-t-elle, permet de prévenir les traitements inutiles et de mieux protéger les chances de grossesse.
Viviane DIATTA

