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ENQUÊTE PARLEMENTAIRE SUR LES TRS: Un trou de 1 000 milliards, le Trésor dos au mur

Confronté à un besoin de financement de 1 000 milliards de FCFA en 2025, l’État du Sénégal a recouru aux opérations de Total Return Swap (TRS) pour boucler son budget. Devant la Commission d’enquête parlementaire, le Directeur général de la Comptabilité publique et du Trésor (DGCPT), Amadou Tidiane Gaye, a défendu un arbitrage dicté, selon lui, par la fermeture des marchés internationaux et le risque de fragiliser les banques locales. Restent à clarifier les montants effectivement encaissés, le poids des garanties et le coût global de ces opérations.

Mille milliards de FCFA à trouver pour terminer l’année. C’est l’ampleur de l’impasse financière décrite par Amadou Tidiane Gaye devant les députés de la Commission d’enquête parlementaire sur les TRS conclus en 2025. Pour le patron du Trésor, le recours à ces montages financiers répondait à une urgence : mobiliser les ressources nécessaires au financement du budget dans un contexte de raréfaction des possibilités d’emprunt.

Selon ses explications, la révélation du mis-reporting a provoqué le gel des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), privant le Sénégal d’au moins 300 milliards de FCFA d’appui budgétaire. À cette perte se serait ajoutée la fermeture des marchés obligataires internationaux, portant le besoin de financement à 1 000 milliards de FCFA. « Un gap de 1 000 milliards, il fallait le combler au risque d’avoir des difficultés à boucler l’année », a-t-il déclaré.

Les banques locales sous pression

Pourquoi ne pas avoir davantage sollicité le marché régional de l’UMOA ? Amadou Tidiane Gaye a invoqué les limites du système bancaire local. Déjà fortement exposées à la dette souveraine sénégalaise, les banques auraient difficilement supporté une augmentation des emprunts de l’État sans réduire leur capacité à financer les entreprises et les ménages. « Nous étions sûrs que si on augmentait les montants prévus à mobiliser sur le marché intérieur, on allait mettre en difficulté le système bancaire », a-t-il soutenu.

Le DGCPT présente ainsi les TRS comme un moyen de mobiliser des financements tout en évitant une pression supplémentaire sur les établissements bancaires. Selon lui, les sept opérations enregistrées par le Trésor étaient adossées à des émissions classiques de bons et d’obligations, plutôt que constitutives d’une catégorie autonome de dette.

7% annoncés, mais quel coût total ?

Pour défendre ces opérations, Amadou Tidiane Gaye a également mis en avant leurs conditions financières. Selon ses déclarations, elles ont permis d’obtenir des ressources à un taux effectif moyen de 7%, moyennant des garanties supplémentaires, alors que les rendements exigés sur les marchés internationaux avoisinaient 15%. « Quel choix alternatif meilleur qu’on aurait eu que cette offre-là ? », s’est-il interrogé.

L’argument du taux ne suffit toutefois pas à établir, à lui seul, le coût global des montages. Les commissions, les frais de structuration, les garanties immobilisées et les éventuels appels de marge figurent parmi les éléments à examiner pour apprécier les engagements pris par l’État.

Sur le contrôle préalable du Comité national de la dette publique (CNDP), le responsable du Trésor a défendu une lecture fondée sur les « catégories de dette ». Selon son interprétation, le Comité valide la stratégie d’endettement et le plan annuel de financement, tandis que le choix des instruments relève ensuite de la structuration technique.

721 milliards nets et 278 milliards à éclaircir

Au-delà de l’urgence invoquée pour combler les 1 000 milliards de FCFA, les travaux parlementaires portent sur la traçabilité des fonds. Les députés cherchent notamment à vérifier les 721 milliards de FCFA nets annoncés et à clarifier un écart de 278 milliards présenté comme lié aux garanties immobilisées.

Amadou Tidiane Gaye s’est engagé à transmettre les avis de crédit et de débit, les messages interbancaires SWIFT ainsi que les états de rapprochement comptable. Leur examen devra permettre de déterminer les sommes effectivement entrées dans les caisses publiques, de retracer les garanties et d’évaluer le coût complet des opérations.

Le Trésor défend donc une réponse d’urgence à une impasse budgétaire majeure. À la commission, désormais, de confronter cette justification aux pièces bancaires et comptables pour apprécier les conditions dans lesquelles ces financements ont été mobilisés.

Abdoulaye DIAO