Contribution

10 octobre 2026 -Journée mondiale de la santé mentale: À l’écoute de l’expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement. Par Dr Ousmane Fall médecin du travail de l’IPRES

La santé mentale est une composante essentielle de la santé globale. Elle mérite autant d’attention que la santé physique, notamment dans le monde du travail, où les exigences professionnelles, le stress, la pression des résultats et les difficultés relationnelles peuvent affecter le bien-être des travailleurs.

En tant que médecin du travail, je suis convaincu que préserver la santé mentale, c’est aussi prévenir les risques psychosociaux, promouvoir des conditions de travail dignes et placer l’humain au cœur des organisations.

Derrière chaque situation de souffrance psychologique, il y a une personne, une histoire et une expérience qui méritent d’être entendues, respectées et prises en considération. Les troubles anxieux, la dépression, l’épuisement professionnel ou le sentiment d’isolement ne doivent pas être minimisés ni réduits à un manque de volonté.

Écouter est une première étape, mais cela ne suffit pas. Il faut agir en luttant contre la stigmatisation, en favorisant le dialogue, en renforçant la prévention du stress et de l’épuisement professionnel, et en associant les personnes concernées aux décisions qui influencent leur vie et leurs conditions de travail.

Concrètement, les employeurs peuvent :

  • évaluer régulièrement les risques psychosociaux et mettre en place un plan d’action suivi dans le temps ;
  • revoir la charge de travail, les délais et les priorités afin de prévenir la surcharge chronique ;
  • former les managers au repérage des signes de mal-être, à l’écoute et à l’orientation vers les ressources adaptées ;
  • instaurer des espaces de dialogue confidentiels et associer les salariés aux décisions qui concernent leur travail ;
  • garantir une politique claire de prévention des discriminations, du harcèlement et de la stigmatisation ;
  • faciliter l’accès aux dispositifs d’accompagnement, tout en respectant la confidentialité et les droits des travailleurs.

Les équipes peuvent également contribuer à un environnement plus protecteur en :

  • prenant régulièrement des nouvelles de leurs collègues, sans jugement ni intrusion ;
  • signalant les situations de surcharge, de violence ou d’isolement ;
  • partageant équitablement les tâches et en alertant rapidement en cas de difficulté ;
  • respectant les temps de repos, les limites professionnelles et le droit à la déconnexion ;
  • orientant une personne en souffrance vers le médecin du travail, le médecin traitant ou un professionnel compétent, sans tenter de se substituer aux soins.

Les professionnels de santé, quant à eux, peuvent :

  • écouter l’expérience vécue de la personne et reconnaître sa parole comme une donnée essentielle de l’évaluation ;
  • repérer précocement les signes de souffrance psychique et les facteurs liés au travail ;
  • proposer une orientation adaptée et coordonner, lorsque cela est nécessaire, les différents intervenants ;
  • préserver la confidentialité, expliquer les possibilités d’accompagnement et respecter le consentement de la personne ;
  • formuler des recommandations concrètes favorisant le maintien ou le retour au travail dans des conditions compatibles avec la santé ;
  • contribuer à la prévention collective en partageant, dans le respect du secret professionnel, les constats utiles à l’amélioration des organisations.

La santé mentale ne doit être ni un tabou ni une responsabilité individuelle isolée. Elle constitue un enjeu collectif qui interpelle les employeurs, les professionnels de santé, les institutions et l’ensemble de la société. La prévention doit s’inscrire dans la durée et reposer sur des actions concrètes : améliorer l’organisation du travail, prévenir les situations de surcharge, soutenir les équipes et garantir un accès adapté aux soins et à l’accompagnement.

En cette Journée mondiale de la santé mentale, passons de l’écoute à l’action. Construisons des milieux de travail où chacun peut être entendu, soutenu et respecté, sans crainte de jugement ou de discrimination.

Prendre soin de la santé mentale, c’est protéger la dignité humaine, renforcer la prévention et contribuer à une société plus juste et plus solidaire.

La santé mentale est un droit. Sa protection est une responsabilité collective.

Engageons-nous dès aujourd’hui : employeurs, équipes et professionnels de santé, choisissons une action concrète, donnons une place réelle à la parole des personnes concernées et faisons de chaque lieu de travail un espace plus sûr, plus humain et plus respectueux de la santé mentale.