BILAN DU MONDIAL 2026 À LA CAF: Sénégal, comment tirer les leçons du Mondial sans Pape Thiaw ?
La présence de Patrick Vieira à la conférence stratégique de la Confédération africaine de football (CAF), organisée du 7 au 9 octobre à Santa Maria, sur l’île de Sal, au Cap-Vert, soulève une question sur les conditions d’élaboration du bilan sénégalais du Mondial 2026. Le nouveau sélectionneur peut représenter les Lions et préparer l’avenir. Mais une analyse approfondie de leur parcours gagnerait à intégrer les explications de Pape Thiaw, qui dirigeait l’équipe pendant la compétition.
Comment dresser un bilan complet d’une compétition sans recueillir le témoignage de ceux qui l’ont préparée et vécue depuis le banc de touche ? C’est la question que pose la représentation sénégalaise à la conférence stratégique de la Confédération africaine de football (CAF). Cette rencontre devait notamment permettre d’analyser les performances des dix sélections africaines ayant participé à la Coupe du monde 2026 et de dégager des perspectives pour les prochaines échéances. Les échanges réunissaient les sélectionneurs du continent, avec la participation du chef du développement du football mondial de la FIFA, Arsène Wenger. Pour le Sénégal, Patrick Vieira, accompagné du manager de l’équipe nationale, Lamine Diatta, a participé aux travaux. Pape Thiaw, qui avait conduit les Lions au Mondial avant d’être démis de ses fonctions le 12 juillet, n’y a pas pris part.
Représenter les Lions et expliquer leur parcours
La présence de Patrick Vieira peut se comprendre au regard de ses fonctions actuelles. Le nouveau sélectionneur a tout intérêt à prendre connaissance des enseignements du Mondial, à échanger avec ses homologues et à inscrire son travail dans les perspectives du football africain. Toutefois, représenter la sélection aujourd’hui et expliquer les décisions prises pendant la Coupe du monde relèvent de deux démarches différentes. Vieira peut analyser les rencontres à partir des images, des statistiques et des rapports disponibles. Pape Thiaw peut, lui, éclairer les intentions tactiques, les choix de joueurs, les ajustements opérés et les contraintes rencontrées pendant la compétition. Ces deux regards seraient complémentaires. Leur confrontation permettrait de dépasser la seule lecture des résultats pour comprendre les ressorts du parcours sénégalais, achevé en huitièmes de finale face à la Belgique, sur une défaite de 3 buts à 2.
Quelle transmission entre les deux staffs ?
La question centrale concerne donc les éléments dont disposait la délégation sénégalaise pour contribuer aux travaux. Un rapport technique détaillé a-t-il été élaboré par l’ancien encadrement ? A-t-il été transmis au nouveau sélectionneur ? Les observations de Pape Thiaw et des membres de son staff ont-elles été recueillies et intégrées à l’analyse ?
La présence de Lamine Diatta peut contribuer à assurer une continuité dans la connaissance de la vie de la sélection. Elle ne permet cependant pas, à elle seule, de déterminer comment les choix techniques de l’ancien staff ont été documentés et expliqués. En l’absence de précisions sur cette transmission, il serait excessif d’affirmer que Patrick Vieira ne pouvait pas présenter une analyse pertinente. Il reste néanmoins légitime de demander sur quelles bases le bilan sénégalais a été établi.
Préserver l’expérience pour préparer 2030
Un changement de sélectionneur ne devrait pas entraîner la perte des enseignements accumulés par l’équipe nationale. Recueillir les explications de l’ancien staff permettrait d’identifier les acquis à préserver, les insuffisances à corriger et les erreurs à éviter.
Alors que le football africain prépare les échéances de 2030, le Sénégal a besoin d’un bilan documenté et contradictoire. L’enjeu dépasse les personnes : il s’agit de donner au nouveau sélectionneur les moyens de construire l’avenir à partir d’une compréhension complète du passé.
Fatou DIOUF

