ActualitéSociété

MARCHÉ DU TRAVAIL AU SÉNÉGAL: La jeunesse dans l’impasse, les chiffres qui font mal

Le marché du travail sénégalais peine à améliorer ses principaux indicateurs. Au deuxième trimestre de 2026, le taux de chômage élargi s’établit à 19,1%, tandis que le taux d’emploi et la participation au marché du travail reculent légèrement sur un an. Autre signal préoccupant : 35,3% des jeunes de 15 à 24 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation.

La situation de l’emploi reste tendue au Sénégal. Selon les résultats de l’Enquête nationale sur l’emploi au Sénégal (ENES), publiés par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), le chômage élargi touche 19,1% de la population active au deuxième trimestre de 2026, contre 19,0% à la même période en 2025. Cette progression de 0,1 point traduit une quasi-stabilité à un niveau élevé, avec des disparités importantes selon l’âge et le lieu de résidence. 

Le milieu rural et les jeunes davantage touchés

L’écart entre les territoires demeure considérable. Le chômage élargi atteint 29,2% en milieu rural, contre 12,6% en milieu urbain, soit une différence de 16,6 points. Les campagnes affichent ainsi un taux supérieur à deux fois celui des villes. Les jeunes restent également plus exposés. Chez les 15 à 34 ans, le chômage s’établit à 23,5%, contre 14,7% chez les personnes âgées de 35 ans ou plus. 

L’ANSD relève aussi que les femmes sont davantage touchées, quel que soit le groupe d’âge ou le milieu de résidence. Au sens strict du Bureau international du travail (BIT), le taux de chômage ressort toutefois à 3,2%. Ces deux mesures reposent sur des critères différents et doivent être distinguées dans la lecture des résultats. 

Plus d’un jeune de 15 à 24 ans sur trois sans emploi ni formation

Au-delà du chômage, l’enquête met en évidence une progression de la proportion de jeunes éloignés à la fois de l’emploi et du système éducatif. Au deuxième trimestre de 2026, 35,3% des personnes âgées de 15 à 24 ans ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation, contre 32,8% un an auparavant.

L’augmentation est donc de 2,5 points de pourcentage. Cette catégorie, désignée par l’acronyme anglais NEET, ne se confond pas avec celle des chômeurs : elle peut aussi comprendre des jeunes qui ne participent pas au marché du travail.

Il convient également de distinguer les tranches d’âge utilisées. L’indicateur NEET porte ici sur les 15 à 24 ans, tandis que les comparaisons entre jeunes et adultes en matière de chômage, d’activité et d’emploi concernent respectivement les 15 à 34 ans et les 35 ans ou plus.

Une participation au marché du travail en baisse

Le taux d’activité s’établit à 55,9%, contre 56,5% au deuxième trimestre de 2025, soit un recul de 0,6 point. Cet indicateur mesure la proportion de personnes âgées de 15 ans ou plus qui participent au marché du travail, en occupant un emploi ou en étant au chômage.

Les écarts entre hommes et femmes restent marqués. En milieu urbain, le taux d’activité atteint 65,7% chez les hommes, contre 48,0% chez les femmes. En milieu rural, les proportions sont respectivement de 63,1% et 46,5%. Ces résultats montrent que les inégalités concernent aussi l’accès à la vie active.

Le taux d’emploi et la part du salariat reculent

Le taux d’emploi suit la même tendance. Il passe de 41,7% à 41,4% sur un an, soit une baisse de 0,3 point. Autrement dit, un peu plus de quatre personnes en âge de travailler sur dix occupent un emploi selon la définition retenue par l’enquête. 

L’écart générationnel demeure important : le taux d’emploi atteint 57,7% chez les adultes, contre 30,6% chez les jeunes. Parallèlement, la part de l’emploi salarié dans le total des emplois descend à 41,0%, contre 42,6% un an auparavant. Elle reste plus élevée en milieu urbain, à 45,2%, qu’en milieu rural, à 32,0%.

Ces évolutions dessinent un marché du travail où les difficultés d’insertion persistent. La faible variation du chômage national ne doit pas masquer la progression des jeunes sans emploi ni formation, ni les écarts entre générations, sexes et territoires. Ces constats appellent une attention particulière aux parcours de formation et aux possibilités d’emploi accessibles aux populations les plus exposées.

Abdoulaye DIAO