Contribution

SÉNÉGAL : LE REDRESSEMENT EST UNE AFFAIRE DE PATRIE D’ABORD. Par Mamadou NDIONE


Économiste – Écrivain – Logisticien – Maire de Diass

Lorsque les finances publiques d’une Nation sont sous forte contrainte, l’exigence de rassemblement doit passer devant les divergences politiques.

C’est pourquoi l’annonce par le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, d’un accord de principe avec le FMI portant sur 2,2 milliards de dollars, soit environ 1 244 milliards de FCFA, doit être regardée avec lucidité. Le ministre Cheikh Diba n’a pas versé dans le triomphalisme parce qu’il sait que le financement extérieur n’est pas une richesse en soi. C’est une marge de manœuvre dont la pertinence dépend de ce que le Sénégal en fera.

Le véritable objectif de cet accord est de rétablir progressivement les équilibres budgétaires, de restaurer la confiance, de soutenir l’économie réelle et de reconstruire, à terme, la capacité du pays à financer lui-même l’essentiel de son développement.

Pour faire simple, lorsqu’un État dépense durablement plus qu’il ne perçoit, il doit emprunter. Cet emprunt peut être utile lorsqu’il finance un investissement capable de créer demain davantage de richesse. Mais lorsque la dette augmente sans que la capacité productive progresse suffisamment, le poids de son remboursement finit par réduire les marges de manœuvre de l’État.

Le chiffre avancé par le ministre Cheikh Diba permet de mesurer concrètement cette contrainte : en 2026, 25 % des recettes mobilisées par l’État sont consacrées au seul paiement des intérêts de la dette. Autrement dit, sur chaque tranche de 100 FCFA de recettes publiques, 25 FCFA sont absorbés par les intérêts, avant même que ces ressources puissent être affectées aux hôpitaux, aux écoles, à l’agriculture, au soutien aux entreprises, aux infrastructures ou à la protection sociale.

Un tel ratio doit interpeller. Il ne signifie pas que 25 % du budget total disparaissent dans le remboursement du capital de la dette. Il signifie que le coût financier de la dette absorbe à lui seul un quart des recettes de l’État. C’est une charge considérable parce qu’elle réduit directement les marges de décision publiques. Plus cette part augmente, moins il reste de ressources disponibles pour préparer l’avenir.

C’est précisément là que se situe le véritable enjeu du redressement. Il ne s’agit pas seulement de rechercher de nouveaux financements pour payer les échéances. Il faut progressivement réduire la pression exercée par la dette sur les recettes publiques afin de libérer des ressources pour l’investissement, les services essentiels et la transformation productive du pays.

Le Sénégal doit donc sortir progressivement d’une logique où l’on emprunte pour financer le passé afin de retrouver une logique où l’on investit pour financer l’avenir. Ce chemin n’est pas facile, mais il est indispensable.

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre, par exemple, l’annonce par le ministre de 300 milliards de FCFA destinés au paiement des créances dues aux entreprises. Une entreprise qui attend son paiement de l’État manque de trésorerie. Elle peut retarder ses fournisseurs, s’endetter auprès des banques, réduire ses investissements ou fragiliser ses emplois.

Lorsque l’État paie, la liquidité revient dans le circuit économique. L’entreprise paie ses fournisseurs, ses salariés et ses banques. Elle peut investir à nouveau. Payer les entreprises, c’est remettre du sang dans les artères de l’économie.

C’est dans la même perspective qu’il faut voir la réforme des subventions énergétiques. Selon les chiffres présentés par le ministre, 65 % des subventions bénéficient aux 20 % des consommateurs les plus aisés. Il est donc évident que le système actuel mérite d’être corrigé.

La question n’est donc pas de choisir entre subventionner et abandonner les populations. La vraie question est de savoir comment protéger mieux avec des ressources publiques limitées.

Une politique de subvention mieux ciblée doit permettre de protéger prioritairement les ménages vulnérables, les transports collectifs et les secteurs sociaux essentiels. Les économies réalisées doivent, en retour, être réinjectées dans la santé, l’éducation, la protection sociale et les investissements prioritaires.

La maîtrise des dépenses publiques doit poursuivre le même objectif. Il ne s’agit pas d’investir moins. Il s’agit d’investir mieux. Il faut préserver les investissements qui créent de la richesse, réduisent les coûts, améliorent la productivité, créent des emplois et renforcent la souveraineté nationale.

Concernant les entreprises publiques qui remplissent une mission stratégique ou sociale, l’intervention de l’État peut être une nécessité. Mais lorsqu’une entreprise publique opérant dans un secteur marchand accumule durablement les déficits, le contribuable ne doit pas continuer à payer comme s’il s’agissait d’une fatalité. L’État a l’obligation de généraliser une culture de responsabilité, de transparence et de performance dans la gestion publique.

En définitive, au-delà de l’accord avec le FMI, il faudra mettre le curseur sur la question nodale : quelle économie voulons-nous construire ?

Le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a clairement conscience que le Sénégal ne pourra pas durablement financer son développement par l’endettement. Il sait que la véritable souveraineté économique de notre pays viendra de sa capacité à produire suffisamment de richesses pour financer progressivement ses propres besoins.

Produire davantage, transformer davantage, exporter davantage, créer davantage d’emplois : voilà ce qui doit devenir une obsession nationale.

Notre agriculture doit créer plus de valeur. Notre industrie doit davantage transformer nos matières premières. Nos infrastructures doivent réduire les coûts logistiques. Notre jeunesse doit être mieux formée. Nos ressources naturelles doivent contribuer à financer durablement notre développement.

C’est la conjugaison de tous ces leviers qui permettra de construire la souveraineté économique. Une souveraineté qui ne se proclame pas, mais qui se construit par le travail, la production, l’investissement, la discipline et la bonne gestion.

Les populations qui veulent plus d’emplois, plus d’écoles, plus d’hôpitaux, plus de routes, plus d’eau, plus d’électricité et davantage de protection sociale doivent comprendre que toutes ces politiques ont un coût et que l’État ne peut durablement distribuer plus de ressources qu’il n’en mobilise.

Il faut donc accepter les efforts nécessaires au redressement, à condition qu’ils soient justes, expliqués et équitablement répartis.

Le citoyen doit faire sa part. Mais l’État doit faire la sienne.

À l’effort demandé aux populations doit répondre l’exemplarité de la puissance publique : moins de gaspillage, plus de transparence, plus d’efficacité et surtout plus de résultats.

Critiquer le Gouvernement est un droit. Le contrôler est une nécessité. Mais affaiblir systématiquement la crédibilité économique du Sénégal à longueur de journée, par des lectures simplistes ou partisanes, n’est pas à la hauteur des enjeux.

Avec cet accord avec le FMI, le Gouvernement vient de franchir une étape importante dans la remise en ordre des finances publiques. Il lui appartient désormais de conduire les réformes nécessaires dans un climat national suffisamment responsable.

La démarche engagée par le Gouvernement mérite donc un soutien patriotique, lucide et exigeant : soutien au redressement des finances publiques, au paiement des créances dues aux entreprises, à une réforme des subventions qui protège mieux les plus vulnérables, à la maîtrise des dépenses improductives et à la préservation des investissements stratégiques.

Mais ce soutien doit nécessairement s’accompagner d’une exigence : aller jusqu’au bout de la culture du résultat.

Les Sénégalais sont également appelés à regarder cette période difficile avec responsabilité.

Nous pouvons avoir des divergences politiques sans devenir adversaires du Sénégal.

Dans un monde traversé par les crises géopolitiques, les incertitudes économiques et les recompositions stratégiques, notre pays ne doit pas ajouter la tempête intérieure à la tempête extérieure.

Le moment est venu de faire bloc autour de l’essentiel.

L’accord avec le FMI n’est certes pas l’arrivée. C’est une étape.

La véritable bataille commence maintenant. Elle consiste à transformer la respiration financière en redressement durable, le redressement en investissement, l’investissement en production, la production en emplois et les emplois en prospérité.

En attendant, le Sénégal n’a pas besoin de querelles personnelles. Il a besoin d’une grande mobilisation nationale.

Le redressement économique n’est pas une affaire politique au sens politicien du terme. C’est une affaire de Patrie d’abord.

Mamadou NDIONE
Économiste – Écrivain – Logisticien – Maire de Diass