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CRISE AU SOMMET DE PASTEF: Le ministre-conseiller Aldiouma Sow dénonce une « dérive messianique »

Au lendemain de la sortie médiatique d’Ousmane Sonko, les réactions continuent de se multiplier au sein de la mouvance patriotique. Dans une longue publication sur sa page Facebook, le ministre-conseiller à la Présidence de la République chargé du pôle politique, société civile et syndicats, Aldiouma Sow, par ailleurs membre du Bureau politique de Pastef, est monté au créneau pour défendre le président Bassirou Diomaye Faye, tout en lançant de sévères critiques contre ce qu’il qualifie de « dérive messianique » au sein de Pastef.

Dans ce texte au ton particulièrement offensif, le membre du Bureau politique national de Pastef affirme que le chef de l’État est resté fidèle à sa vision du dialogue politique depuis son appel au dialogue national de mai 2025. Selon lui, cette démarche ne relève ni d’une stratégie circonstancielle ni d’un calcul politique, mais constitue une véritable méthode de gouvernance. « Le dialogue n’est pas une variable d’ajustement conjoncturelle ou un simple levier tactique, c’est une valeur politique cardinale », soutient Aldiouma Sow, tout en saluant la constance du président dans sa volonté de privilégier les échanges, même avec ses adversaires.

« Aucun pacte secret au Cap Manuel »
L’un des points les plus marquants de sa publication concerne les révélations faites récemment autour du supposé « protocole de Cap Manuel », évoqué par Ousmane Sonko, lors de sa conférence de presse, mardi. Aldiouma Sow rejette catégoriquement l’idée que Bassirou Diomaye Faye ait conclu un quelconque accord politique durant sa détention.
Selon lui, le président de la République « n’a jamais conclu de pacte secret » et n’a souscrit à « aucun engagement politique ou électoral » susceptible d’entraver la souveraineté du peuple sénégalais. Pour le ministre-conseiller, les seuls critères sur lesquels le chef de l’État doit être jugé demeurent son programme présidentiel et le serment qu’il a prêté devant la Nation.

Accusations de complots et de manœuvres internes
Allant plus loin, Aldiouma Sow affirme que de véritables tractations auraient été menées dans l’entourage de certains responsables durant la période de détention à la prison du Cap Manuel. Sans citer directement de noms, il évoque des « pactes » et des « complots » destinés à préparer une transmission future du pouvoir au profit d’un leader présenté comme un « messie ». Il accuse également certains acteurs d’avoir tenté « d’orienter le destin politique du parti » à travers des arrangements conclus dans des cercles restreints.
Le responsable de Pastef revient également sur les tensions liées aux investitures lors des élections législatives et locales de 2022. Il dénonce des choix qui auraient, selon lui, « marginalisé les militants historiques » du parti au profit « d’alliés de circonstance ». M. Sow affirme que Bassirou Diomaye Faye avait tenté, lors des législatives de 2024, de « corriger certaines orientations » en privilégiant la « légitimité historique et structurelle » de cadres du parti dans plusieurs départements, notamment à Pikine et Keur Massar.

Un appel aux cadres restés dans l’exécutif
Dans la dernière partie de son texte, le ministre-conseiller apporte un soutien appuyé aux responsables de Pastef qui ont accepté de servir dans les institutions de l’État malgré les tensions actuelles entre le parti et l’Exécutif. Il invite les ministres et cadres concernés à assumer leur choix et à rester fidèles aux principes du « Projet », estimant que servir la République sous l’autorité du président Bassirou Diomaye Faye est conforme aux idéaux fondateurs du parti. « On pourra vous exclure ou vous suspendre des instances nationales du Parti, mais personne ne pourra vous arracher au projet patriotique », écrit-il.
Cette sortie intervient dans un contexte de fortes turbulences politiques au sein de la majorité qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir en mars 2024. Après les déclarations d’Ousmane Sonko sur les raisons de sa rupture avec le chef de l’État et l’existence du « protocole de Cap Manuel », la réponse d’Aldiouma Sow illustre la profondeur des divergences qui traversent désormais la famille politique issue de Pastef.
À travers ce texte, le ministre-conseiller affiche clairement son soutien au président de la République et oppose à ce qu’il considère comme une « personnalisation du combat politique », une vision davantage centrée sur les institutions, la République et le respect du programme présidentiel. Une prise de position qui confirme l’ampleur de la recomposition en cours au sein de l’ancienne coalition au pouvoir « Diomaye-Moy-Sonko ».

Lamine DIEDHIOU