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ÉTATS GENERAUX DE LA CULTURE, DE L’ARTISANAT ET DU TOURISME: 60 jours de concertations pour refonder des secteurs clés de l’économie

Le Sénégal lance les États généraux de la culture, de l’artisanat et du tourisme. Pendant 60 jours, les acteurs sont appelés à poser un diagnostic sans complaisance et à proposer des solutions concrètes pour impulser un nouveau souffle à ces secteurs stratégiques.

Le compte à rebours est lancé. Le Sénégal a officiellement ouvert, hier, les États généraux de la culture, de l’artisanat et du tourisme, dans une atmosphère marquée par l’espoir et l’engagement collectif. La cérémonie, présidée par le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Amadou Ba, a réuni un large éventail d’acteurs venus réfléchir aux défis et aux perspectives de développement de ces secteurs.
Présentée comme un cadre inclusif de concertation, cette initiative vise à refonder et dynamiser des filières essentielles de l’économie nationale. Durant 60 jours, artistes, artisans, opérateurs touristiques, experts et décideurs publics seront en conclave pour dresser un diagnostic approfondi et proposer des pistes de solutions concrètes, durables et opérationnelles.
Dans son allocution, le ministre a insisté sur l’importance d’aller au-delà des constats. « Au terme de ces conclaves, le Gouvernement s’engage à rendre immédiatement opérationnelles les recommandations issues des travaux. Aucun acteur ne sera exclu du processus », a-t-il assuré, appelant à une mobilisation collective.
Il a également exhorté les participants à privilégier des propositions pragmatiques. « Nous ne voulons pas d’incantations ni de vœux pieux, mais des mesures concrètes, chiffrées et applicables, capables d’impacter durablement ces secteurs », a asséné Amadou Ba, avant de marteler : « Notre culture est une force. Notre artisanat une fierté. Et notre tourisme un levier de souveraineté économique ».

Des secteurs à fort potentiel, mais encore sous-exploités
Le ministre n’a pas manqué de rappeler le poids économique du tourisme, qui représente actuellement 7,1% du produit intérieur brut (PIB) et génère plus de 100 000 emplois directs. Toutefois, il estime que le Sénégal reste en deçà de ses ambitions, avec environ 780 000 arrivées internationales en 2023. L’objectif affiché est clair : porter la contribution du tourisme à 10% du PIB et atteindre 3 millions de visiteurs.
S’agissant de l’artisanat, considéré comme le premier pourvoyeur d’emplois du pays, il occupe une place centrale dans l’économie informelle, représentant plus de 40% du PIB et près de la moitié de la population active. Malgré ce poids, le secteur reste confronté à de nombreuses contraintes, notamment l’accès limité au financement, la difficulté d’accès aux marchés internationaux et la faible protection des créations.
Le ministre a également souligné le potentiel encore insuffisamment exploité des industries culturelles et créatives (musique, cinéma, mode, design) dont le développement pourrait constituer un puissant levier de croissance et de rayonnement international.

Des réformes attendues et structurées
Parmi les principales contraintes identifiées figurent l’accès difficile au crédit, la fragmentation des chaînes de valeur, le manque d’intégration entre culture, artisanat et tourisme, ainsi que le retard dans la transformation numérique. Pour y remédier, les États généraux s’appuieront sur des consultations dans les 14 régions du pays, des commissions thématiques et une approche basée sur des données probantes. « Chaque recommandation devra être chiffrée, financée et assortie d’un calendrier d’exécution précis », a précisé le ministre.
Au-delà des échanges, ces assises se veulent un véritable levier de transformation structurelle. Elles marquent une étape décisive dans la volonté des autorités de faire de la culture, de l’artisanat et du tourisme des moteurs majeurs de développement économique et de rayonnement du Sénégal.

Adama AIDARA