Société

GRÈVE DES TRANSPORTEURS ROUTIERS AU SÉNÉGAL: À l’approche de Pâques, les populations entre inquiétudes et incertitudes

En cette veille de fête de Pâques, la grève des transporteurs routiers fait planer de sérieuses menaces sur la mobilité des populations et l’approvisionnement en denrées à travers le pays. La Fédération des Syndicats des Transports Routiers du Sénégal (FSTRS), qui regroupe plusieurs organisations du secteur, a décrété le 30 mars 2026 une grève de 72 heures, finalement reconduite jusqu’au 4 avril. Depuis, le mouvement perturbe fortement la circulation des personnes et des marchandises dans plusieurs régions du pays.

Si l’impact reste relativement contenu à Dakar grâce à la mobilisation des bus Tata de l’Association de financement des professionnels du transport urbain (AFTU), la situation est plus préoccupante à l’intérieur du pays, où les déplacements deviennent de plus en plus difficiles.

Des déplacements compliqués pour les fidèles
À l’approche de Pâques, période de forte mobilité marquée par les retrouvailles familiales, les fidèles chrétiens pourraient être les premiers affectés. Conscient des enjeux, le ministre des Transports terrestres et aériens, Yankhoba Diémé, a pris part à une réunion avec le Premier ministre Ousmane Sonko afin d’identifier des « mesures fortes » susceptibles d’aboutir à une suspension du mouvement. Le ministre a également tenté de rassurer la communauté chrétienne, annonçant la mobilisation de moyens alternatifs, notamment les bus de Dakar Dem Dikk, ainsi que d’autres leviers à l’intérieur du pays, pour atténuer les difficultés de déplacement.
Des tarifs indicatifs ont été communiqués pour certaines destinations : Thiès : 2 000 FCFA, Mbour : 2 500 FCFA, Joal : 3 000 FCFA, Fatick : 3 000 FCFA, Kaolack : 4 000 FCFA.

Un risque réel sur l’approvisionnement du pays
Au-delà des déplacements, c’est toute la chaîne d’approvisionnement qui pourrait être affectée. Selon Yiba Diop, membre de la fédération et point focal pour les régions de Saint-Louis et Matam, la situation est critique. « Si l’État ne prend pas ses responsabilités, nous ne reculerons pas », avertit-il.
En effet, le syndicaliste souligne un « quasi-arrêt de la circulation des biens et des marchandises, notamment les denrées alimentaires », impactant notamment les grands marchés d’approvisionnement comme Diaobé. Les échanges avec les pays voisins – Mali, Gambie, Guinée – sont également fortement perturbés, dans les deux sens.
Il alerte sur les conséquences économiques. « Même une seule journée de grève peut coûter plusieurs millions à l’économie nationale. Et si ça persiste, on risque d’assister à des pénuries sur le marché », prévient-il.
Alors que certains responsables syndicaux restent injoignables, le mouvement continue de susciter de nombreuses interrogations au sein de la population. Entre difficultés de déplacement, risques de pénurie et pertes économiques, la tension monte à mesure que les fêtes approchent.
Pour les transporteurs, la position reste ferme. Malgré leur ouverture au dialogue, ils conditionnent toute suspension de la grève à des réponses concrètes des autorités. En attendant une issue, c’est tout le pays qui retient son souffle, pris entre impératifs sociaux, économiques et religieux.

Mariem DIA