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LA CHRONIQUE DE MLD: Des vertus exagérées de la communication.Par Mamadou Lamine DIATTA

« Communiquer suppose aussi des silences, non pour se taire, mais pour laisser un espace à la rencontre des mots » Jacques SALOMÉ

C’est curieux et lunaire à la fois ! Dans ce pays, on se plaît maintenant à scruter et à comparer les temps d’antenne accordés au Chef de l’Etat et au Premier ministre à la télévision nationale. Du genre, le Chef du gouvernement a bénéficié de plus de 10 minutes au moment où le Président se coltine près d’une minute. On se permet également de donner des leçons de journalisme aux professionnels du Quotidien national Le Soleil coupables de n’avoir pas mis la visite du Chef de l’Etat en Espagne à la Une de l’édition du mercredi 25 mars 2026.Les Politiciens sont libres de dérouler leur agenda dans l’exercice normal de l’idéal démocratique mais ils n’ont aucune expertise encore moins aucune légitimité à vouloir mettre le service public de l’information au pas. Encore que pour le Soleil, l’honnêteté intellectuelle nous recommande de reconnaître que le Top Management aurait dû intégrer l’actu présidentielle sur l’une des nombreuses fenêtres de la Une. A la décharge du journal, ladite actualité a été traitée en page intérieure.
Tout de même, c’est malheureux d’en arriver à de tels calculs d’épicier : La communication présidentielle n’est pas une panacée. Si pour les partisans de la couverture médiatique tous azimuts de l’activité présidentielle, cela reste la solution- miracle pour accrocher les 18 millions de Sénégalais, ils se trompent lourdement.
C’est connu, en politique, les néo- convertis sont les plus zélés. Un des acteurs a même poussé le bouchon plus loin en suggérant au Président de la République de prendre des mesures urgentes pour limiter la visibilité et les actions de son Premier ministre. Rien que ça ?
Cette polémique du reste stérile sur le traitement des activités présidentielles traduit en définitive le malaise toxique qui pollue l’ambiance dans les hautes sphères de l’État.
Faudrait-il le rappeler, la couverture à profusion de l’actualité présidentielle date des années Diouf et surtout de Maître Abdoulaye Wade. Convoquant les vieux réflexes des régimes totalitaires des années 60 / 70, le père de Karim développait une fascination sans bornes pour l’audiovisuel public pour la gestion d’une image alors écornée par une presse privée assez rugueuse sur les bords. C’est sous son magistère qu’on a accrédité pour la première fois une équipe de la télévision nationale exclusivement au service du palais présidentiel. Avec des reportages en veux- tu en voilà. La question est de savoir pour quels résultats ? Est-ce que ces tartines, comme on appelle ces longs reportages dans le jargon du journalisme, ont rassasié les Sénégalais au point de les convaincre ? On se rappelle d’ailleurs le conflit entre Karim Wade et Youssou Ndour. Wade- fils informait bruyamment l’opinion que l’étoile de la musique Sénégalaise lui aurait demandé 300 millions cfa pour aider son père, alors Chef de l’État, à « huiler ses relations avec les médias ». Cette histoire cocasse nous démontre combien les hauts responsables de ce pays ont toujours cru aux pouvoirs exagérés de la communication.
Macky Sall en bon élève du Président Wade avait reproduit le même dispositif communicationnel pour peu de résultats probants au regard des péripéties de l’actualité politique récente.
Pour un Président en exercice, la communication n’est donc pas la clé qui devrait ouvrir toutes les portes. Loin s’en faut. Le risque d’une com’ débordante, c’est d’ailleurs de provoquer ce que les professionnels appellent l’effet- boomerang. C’est à dire qu’à force de seriner des infos sur la toute- puissance du Prince, le grand public subit une certaine saturation et bonjour le rejet.
C’est humain. Autrement dit, c’est contre-productif de vouloir imposer à l’opinion publique l’image reluisante d’un haut – dirigeant. Tout doit se faire avec tact, disons de manière intelligente et mesurée. Même si c’est connu, le juste milieu est plus difficile à atteindre dans cette vie d’ici-bas.
Le tout- communication n’a jamais rien réglé. C’est une option dépassée, old- fashionned pour reprendre une bonne vieille maxime anglo-saxonne. Constat clinique : même Ousmane Sonko, animal politique redoutable avait un moment déserté les médias au début de sa supposée brouille avec le Chef de l’État. Comme quoi, « Communiquer suppose aussi des silences, non pour se taire, mais pour laisser un espace à la rencontre des mots » pour paraphraser Jacques SALOME psychosociologue et écrivain français.
Si le matraquage médiatique pouvait sauver un Président, Abdou Diouf, Maître Abdoulaye Wade et même Amadou Ba candidat malheureux de Macky Sall n’auraient jamais perdu le pouvoir. L’anecdote de Jacques Séguéla, gourou de la com’ du regretté François Mitterrand est édifiante à plus d’un titre. Recruté en grande pompe et à coups de millions par Abdou Diouf pour polir son image, il avait placardé une affiche affreuse dans les rues de Dakar : C’était l’image d’une aubergine avec l’inscription : « Nos fruits mûrissent ». Un désastre en termes de message car l’aubergine n’est même pas un fruit mais un légume. La polémique qui s’en était suivie avait largement desservi le candidat au pouvoir.
Autant dire que la meilleure com’, c’est le travail, ce sont les résultats sur le terrain en vue de la satisfaction des besoins primaires des Sénégalais. Si la com’ débridée pouvait faire transformer un Looser en champion, ça se saurait.
L’idée c’est plutôt de travailler à capitaliser sur les résultats de la visite du Président Bassirou Diomaye Faye en Espagne :
1 . Accord de 118 Milliards cfa avec le gouvernement espagnol

  1. Des dons, pas des prêts
  2. L’agriculture, l’eau potable, l’assainissement et la formation professionnelle seraient impactés par cette visite à en croire les Spin Doctors du Palais. Voilà autant d’axes de communication qui intéressent nos concitoyens en ce qu’ils touchent directement leur quotidien.