PROLONGATION DE LA CAN AU SOMMET FRANCE-AFRIQUE DE NAIROBI: Le Maroc menace de boycotter si le Sénégal est invité
La polémique autour de la finale Sénégal-Maroc de la CAN dépasse désormais le cadre sportif. Elle s’invite dans l’agenda diplomatique et menace de perturber le sommet « Africa Forward », prévu en mai à Nairobi.
Le contentieux né de la finale de la dernière Coupe d’Afrique des nations (CAN) continue de produire des effets bien au-delà des terrains. La décision controversée du jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF), qui a attribué le titre au Maroc « sur tapis vert » au détriment du Sénégal, vainqueur sur le terrain (1-0 a.p.), s’est invitée dans les préparatifs du sommet « Africa Forward ».
Prévu les 11 et 12 mai à Nairobi et coorganisé par la France et le Kenya, ce rendez-vous international de haut niveau devait initialement se concentrer sur des priorités stratégiques telles que les « questions de financement du développement », les « enjeux de paix et de sécurité », ainsi que les « industries créatives et culturelles ». Le sport figure également au programme de la journée du 11 mai, selon le communiqué de l’Élysée.
Une crise sportive aux répercussions diplomatiques
Mais en coulisses, la tension est palpable. Selon des sources concordantes citées par L’Equipe, le Maroc aurait remis en cause sa participation à ce sommet en cas de présence du Sénégal, ouvrant la voie à une possible crise diplomatique. Une hypothèse que les autorités françaises tentent de relativiser. L’entourage du président Emmanuel Macron assure qu’il n’y a « pas d’impact à prévoir sur la participation au sommet », sans pour autant confirmer si une médiation est en cours pour apaiser les tensions.
Cette crispation intervient dans un contexte déjà alourdi par certains signaux politiques. Le 17 mars, l’ambassade de France au Maroc avait adressé ses « félicitations à l’équipe nationale marocaine » en reprenant le communiqué de la CAF qui « déclar(ait) forfait lors de la finale » le Sénégal, validant « le score de 3-0 » en faveur du Maroc.
Des relations bilatérales fragilisées
Jusqu’à cette affaire, les relations entre Dakar et Rabat étaient pourtant au beau fixe, notamment à travers le tourisme religieux, marqué par le pèlerinage annuel de nombreux Sénégalais à Fès, au mausolée d’Ahmed Tidjani Chérif.
Mais la finale chaotique disputée à Rabat en janvier a profondément rebattu les cartes. Sur le plan judiciaire, la situation reste également tendue : 18 supporters sénégalais, poursuivis pour violences et dégradations, sont toujours détenus à Rabat, avec un procès en appel prévu le 30 mars.
Le front juridique désormais ouvert
Face à cette décision de la CAF, la Fédération sénégalaise de football (FSF) a décidé de porter l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). Une conférence de presse des avocats de la FSF est prévue à Paris, ce jeudi, pour détailler les « fondements de cette saisine du TAS ainsi que les suites envisagées ».
En parallèle, le Sénégal maintient sa ligne : la Fédération entend poursuivre les célébrations de son titre de champion d’Afrique, malgré son retrait administratif, tout en préparant les échéances sportives à venir, dont un match amical contre le Pérou le 28 mars au Stade de France.
Au-delà du sport, cette affaire révèle les imbrications croissantes entre football, diplomatie et enjeux géopolitiques en Afrique. À quelques semaines du sommet de Nairobi, la gestion de ce différend sera déterminante pour éviter que la tension Sénégal-Maroc ne se transforme en crise diplomatique ouverte sur la scène internationale.
Adama AIDARA

